Christiane Rochefort, Une petite fille modèle

Commentaire et traduction

 

Le titre : Une petite fille modèle> Una niña modelo

Pour le titre, la traduction la plus simple est la meilleure > « Una niña modelo ». (au sens 2 du mot dans le RAE : « En las obras de ingenio y en las acciones morales, ejemplar que por su perfección se debe seguir e imitar ». Il est vrai que cette expression peut aussi signifier « une petite fille mannequin » (Le RAE donne : « Persona de buena figura que en las tiendas de modas se pone los vestidos, trajes y otras prendas para que las vean los clientes ». Mais ce n’est qu’une possibilité. Retenez en tout cas la traduction de « mannequin » : una modelo (avec l’article una s’il s’agit d’une femme bien sûr). Cf. « top model ». Toujours dans le monde de la mode, « un modelo » peut désigner un vêtement (généralement créé par un grand couturier). Par exemple dans cette interview de 1990 (avant la faillite du couturier) : « ¿También se reconoce el aroma de un creador? - El caso lo tenemos en Christian Lacroix, cuyo perfume que acabamos de lanzar en España es un perfecto reflejo de la alegría de vivir, de su amor por la vida y los colores. Es un perfume que contiene esa misma luminosidad especial que Lacroix pone en sus modelos ». Ici « modelo » ne signifie pas « mannequin » mais « vêtement ». Le français utilise aussi « modèle » en ce sens ainsi que « modéliste » (à distinguer de « modiste », celui ou celle qui fabrique les chapeaux).

Je commençais à aller à l’école. > Yo empezaba a ir a la escuela

Pour éviter toute ambigüité entre  première et troisième personne et parce que c’est le début du texte, il est nécessaire d’utiliser le pronom Yo.

Le matin, je faisais déjeuner les garçons, je les emmenais à la maternelle, et j’allais à mon école.

Le matin :  > Por la mañana.

Voir ce que dit le Diccionario panhispanico de dudas sur l’usage des prépositions avec les mots qui désignent un moment de la journée.

6. a + sustantivos que designan partes del día: a la mañana, a la tarde, a la noche. Para introducir los complementos de tiempo relativos a las partes del día, en el español general se emplean normalmente las preposiciones por o en, esta última de uso frecuente en gran parte de América, aunque inusual en España (salvo cuando, a su vez, estos complementos llevan un complemento con de: en la tarde del sábado, en la mañana del lunes): «Ese hígado lo trajo el carnicero por la tarde» (Llamazares Río [Esp. 1990]); «El domingo en la mañana vi con sorpresa que a mi lado dormía una negra enorme» (Mutis Ilona [Col. 1988]). El uso de a solo es normal en la Argentina y, en España, entre hablantes vascos o catalanes: «Los sábados a la tarde reúne mucho público» (Dios Miami [Arg. 1999]); «Dada la hora local de comienzo del partido [...], entrenarán hoy a la mañana» (DNavarra [Esp.] 12.5.99); «La fiesta se aguó el miércoles a la tarde» (Vanguardia [Esp.] 1.7.94).

Pour résumer « en la mañana » ne se dit qu’en Amérique latine ou s’il s’agit d’un matin déterminé (« en la mañana del 14 de abril de 1931 »), ce qui n’est pas le cas ici. A l’écrit du CAPES, il vaut mieux ne pas utiliser d’américanismes, surtout syntaxiques. Et si on les utilise, il faut être totalement cohérent tout au long du texte (pas de mélanges entre espagnol d’Amérique et espagnol d’Espagne ni entre différents pays d’Amérique). Mais pas trop d’inquiétudes à ce sujet. Même dans le cas où des emplois de ce genre seraient sanctionnés, ce serait de façon si légère que cela n’aurait aucune conséquence sur le total des points-faute.

Je faisais déjeuner les garçons > les daba el desayuno a los chicos (ou les daba de desayunar).

L’espagnol n’utilise pas ici le verbe « hacer » mais des expressions comme « dar el desayuno a » ou « darles de desayunar ».

je les emmenais à la maternelle, et j’allais à mon école. > los llevaba al parvulario y me iba a la escuela (ou a mi escuela, ou al colegio, ou a mi colegio)

Le pronom personnel « les » pour désigner les garçons a souvent donné lieu à ce qu’on appelle le « leismo ». Parfois toléré – mais probablement pas au CAPES – quand il s’agit d’un COD masculin singulier, cet usage devient peu recommandable au pluriel et n’est pas accepté avec un féminin. Même s’il faut mettre la préposition « a » quand le COD est une personne, cela ne change pas la fonction du mot qui ne devient pas un complément d’objet indirect. Voici ce qu’en dit le DPD :

« Son casos de leísmo usos como los siguientes, en los que le funciona como complemento directo: «Era Huayna Cápac, según dicen muchos indios que le vieron y conocieron, de no muy gran cuerpo» (Salvador Ecuador [Ec. 1994]); «Los romanos [...] solían cocinarle [el cerdo] entero» (VV. AA. Matanza [Esp. 1982]). Debido a su extensión entre hablantes cultos y escritores de prestigio, se admite el uso de le en lugar de lo en función de complemento directo cuando el referente es una persona de sexo masculino: «Tu padre no era feliz. [...] Nunca le vi alegre» (Torrente Ballester, Filomeno [Esp. 1988]). Sin embargo, el uso de les por los cuando el referente es plural, aunque no carece de ejemplos literarios, no está tan extendido como cuando el referente es singular, por lo que se desaconseja en el habla culta: «Casi nunca les vi con chicas» (Vistazo [Ec.] 3.4.97). El leísmo no se admite de ningún modo en la norma culta cuando el referente es inanimado: El libro que me prestaste le leí de un tirón; Los informes me les mandas cuando puedas. Y tampoco se admite, en general, cuando el referente es una mujer: Le consideran estúpida, aunque existen algunos casos en que el leísmo femenino de persona no se considera incorrecto »

La forme pronominale « irse » est bien meilleure que le simple « ir a la escuela ». Dans ce cas l’adjectif possessif « mi » devient redondant. Mais on peut l’utiliser pour insister : mon école (à moi) par opposition à la maternelle. Notez que « colegio » s’emploie en espagnol comme équivalent de « escuela » (enseignement primaire). La forme apocopée (« el cole ») est très usuelle et peut parfaitement s’employer ici puisqu’il s’agit des souvenirs d’une petite fille > « me iba al cole »

Le midi on restait à la cantine > Al mediodía nos quedábamos en el comedor escolar.

La préposition « a » est obligatoire avant « el mediodía ». D’où « Al mediodía ».

« A mediodía », sans l’article, est aujourd’hui accepté par la RAE.

« Cantina » est impossible. Aucun des sens de l’espagnol « cantina » ne correspond au mot français. « Refectorio » est possible mais s’emploie surtout pour les monastères et les couvents. Quant à « restaurante » le mot est impropre. Pour un « resto U », par exemple, on dira « comedor universitario ». Ce qui s’impose est donc « comedor escolar », du moins pour la première mention : ensuite, quand il n’y a plus d’ambigüité, « comedor » suffit. Voir les exemples suivants du CREA : en muchos colegios se paga el comedor escolar como en las escuelas privadas ; Las ayudas destinadas a gastos de comedor escolar se otorgaron a 69 centros ; las colas en los comedores universitarios- uno para profesores y personal de administración y servicios, y otro más grande, para alumnos- eran insoportables.

J’aimais la cantine, on s’assoit et les assiettes arrivent toutes remplies ;>  Me gustaba el comedor, una se sienta y los platos le llegan ya servidos;

Cette phrase pose essentiellement le problème de la traduction du « ON » (revoir dans une grammaire). Le recours à la forme « uno »/« una » est ici obligatoire, d’autant plus que le « se » est exclu avec un verbe pronominal comme « sentarse ». Je rappelle que les impersonnels « uno » et « una » s’accordent avec le genre du sujet d’énonciation – ici une petite fille. La seule solution possible est donc « una ».

La deuxième difficulté concerne l’expression « toutes remplies ». Il s’agit en réalité d’un problème de compréhension du texte français. J’ai accepté des traductions comme « repletos » ou « muy llenos » ou « llenos hasta arriba », etc. parce qu’il est difficile de démontrer avec une certitude absolue qu’il s’agit d’une erreur. Mais je suis convaincu qu’il faut comprendre tout autrement. La narratrice n’aime pas la cantine parce que les assiettes sont remplies à ras bord (c’est-à-dire qu’il y a une grande quantité de nourriture) mais parce qu’il ne faut pas préparer le repas. Tout le texte montre que la famille appartient à un milieu très modeste et que la petite fille – qui est encore à l’école primaire – doit prendre à sa charge une partie importante des tâches ménagères (elle aide sa mère à préparer les repas, à faire la vaisselle, etc.) Le sens de « toutes remplies » est donc « déjà remplies ». C’est ça le « miracle » de la cantine : la nourriture arrivent toute faite sans qu’on ait à faire la cuisine ni à servir les plats.

c’est toujours bon ce qu’il y a dans des assiettes qui arrivent toutes remplies ; >  siempre es bueno lo que hay en unos platos que llegan ya servidos;

Là encore j’ai accepté « estar bueno » pour « c’est bon » mais je n’aime pas beaucoup cette traduction. Je préfère « ser ». Pourquoi ? Le verbe « estar » désigne la qualité d’une nourriture particulière, ce plat-là et pas un autre : on dira, par exemple, « este arroz está bueno » pour parler de celui qu’on a sur la table, ici et maintenant. Ce n’est pas le cas dans notre texte. La narratrice évoque une vérité générale : lorsque les assiettes arrivent toutes remplies, c’est toujours bon (sous-entendu parce qu’on n’a pas à les préparer : c’est ça qui la fascine, qu’on puisse manger sans être obligé de faire la cuisine contrairement à ce qui se passe à la maison). Mon interprétation est renforcée par l’usage de « c’ » en français : quand on trouve ce démonstratif en français (ou « it » en anglais), la traduction du verbe « être » est à 99% (peut-être à 100%) « ser ».

les autres filles en général n’aimaient pas la cantine, elles trouvaient que c’était mauvais > a las demás chicas no les solía gustar el comedor, lo encontraban todo malo;

« en général » : pensez à l’emploi si fréquent en espagnol du verbe « soler ».

je me demande ce qu’elles avaient à la maison > yo me pregunto qué tendrían en su casa;

Pas de difficultés particulières. Ne pas oublier l’accent sur « qué » puisque c’est un interrogatif.

quand je les questionnais, c’était pourtant la même chose que chez nous, de la même marque et venant des mêmes boutiques, sauf la moutarde que papa rapportait directement de l’usine > sin embargo cuando les interrogaba, era lo mismo que en la nuestra, de la misma marca y procedente de las mismas tiendas excepto la mostaza que papá traía directamente de la fábrica;

Autre phrase sans difficultés de traduction

nous on mettait de la moutarde dans tout > nosotros a todo le echábamos mostaza.

« Nous on ». Dans cette expression, propre au langage parlé, « on » renforce « nous ». Il faut cette fois traduire par une première personne du pluriel. Mais il faut aussi rendre l’instance de ce redoublement. Le sujet « nosotros » doit donc être exprimé.

« Echar » implique un mouvement : « a » au lieu de « en ».

Le soir, je ramenais les garçons et je les laissais dans la cour, à jouer avec les autres > Por la tarde traía a los chicos de vuelta y los dejaba en el patio a que jugaran con los demás.

« Por la tarde » comme « por la mañana » un peu plus haut. « Dejar a que » est tout à fait possible en espagnol. On l’emploie même davantage qu’en français. On trouve par exemple dans une recette de cuisine : « quitar el papel aluminio y dejar a que esté ligeramente dorada ». On dirait en français : « attendre que » ou « laisser dorer ». Cet emploi n’est pas réservé à l’espagnol contemporain. On peut lire chez Cervantes : « no quiso dejar a que otra llevase las albricias de su hallazgo » (Persiles y Segismunda).

« Recogía a los chicos » ne poserait aucun problème. J’opte pour « traía de vuelta » (ou « de regreso ») parce que j’aurai besoin de « recoger » dans la phrase suivante.

Je montais prendre les sous et je redescendais aux commissions. > Subía a recoger el dinero  y volvía a bajar para hacer la compra.

Pas de difficultés particulières. « Subir por » me semble acceptable sur le modèle « ir por ». C’est une construction que l’on entend de façon courante dans la langue parlée mais dont il est difficile si elle est vraiment correcte avec tous les verbes. Le fait est que le DRAE ne donne que des expressions avec le verbe « ir » : « ir por vino », « ir por pan », « ir por leña », etc. avec l’explication suivante : « se usa en lugar de la preposición a y el verbo traer u otro ». Il est donc plus prudent de s’en tenir à l’expression développée d’autant plus qu’elle correspond au texte français et explique mieux les circonstances. Je suggère donc de traduire selon le modèle du DRAE avec la préposition « a » et un verbe – ici « recoger ». « Recoger » me semble meilleur que « coger » car mieux adapté au contexte. Le DRAE donne pour « recoger » : « Ir a buscar a alguien o algo donde se sabe que se encuentra para llevarlo consigo ». C’est exactement de cela qu’il s’agit.

Maman faisait le dîner, papa rentrait et ouvrait la télé, on mangeait, papa et les garçons regardaient la télé, maman et moi on faisait la vaisselle, et ils allaient se coucher. > Mamá preparaba la cena, papa regresaba y ponía la tele, cenábamos, papá y los chicos miraban la tele, mamá y yo fregábamos los platos y todos iban a acostarse

Faire la vaisselle : « fregar los platos ». Il faut préciser car « fregar » s’emploie aussi pour « el suelo ».

« Ils allaient se coucher ». La suite du texte montre que la petite fille reste alors toute seule. Il vaut mieux préciser en exprimant un sujet > « todos ».

Moi je restais dans la cuisine à faire mes devoirs. > Yo me quedaba en la cocina haciendo mis tareas.

“Devoirs” : dans le contexte scolaire “deberes” ou “tareas”.

Maintenant, notre appartement était bien. Avant, on habitait une sale chambre avec l'eau sur le palier. > Ahora nuestro piso estaba bien. Antes vivíamos en un cuartucho con el agua en el rellano.

“sale chambre” n’a pas été compris. La narratrice ne veut pas dire que la chambre était sale. Il s’agit d’une expression péjorative. Cf un « sale type » n’est pas un « type » qui ne se lave pas. Le problème est évoqué dans le rapport du thème d’agreg 2012. On peut y lire l’explication suivante à propos de l’expression « sale monde » :

 « De même, il ne fallait pas prendre "le sale monde", si l'on ose dire, au sens propre du terme. ("Sucio mundo", "sucia gente", "gente sucia", etc. faisaient ici contresens). L'adjectif "sale", antéposé (cf. sale monde/monde sale), marquait au figuré une dévalorisation et une indignité sociales qui pouvaient trouver en espagnol une solution adjectivale (mala gente), lexicale (canalla) ou mieux, suffixale (gentuza)

La « solution suffixale » correspondante est ici « cuartucho »

 Quand le coin a été démoli, on nous a mis ici ; on était prioritaires ; > Cuando aquella zona fue derribada, nos pusieron aquí; éramos prioritarios;

« Coin » a posé problème. Il est évident qu’il s’agit d’un quartier misérable avec des taudis insalubres. Mais comment traduire ? On peut penser à « barrio » ou « distrito » mais ces mots sont peut-être trop « neutres ». « Barriada » serait sans doute préférable. On peut aussi penser à un mot comme « andurriales » mais je le trouve un peu inadéquat ici (il correspondrait davantage à une expression comme « coin perdu »). Je préfère un mot d’usage très courant – « zona » - qui n’a pas en espagnol les connotations du français (cf. « zoner », « zonard »).

Le prétérit s’impose même si l’on entend de plus en plus le passé composé en Espagne > « nos pusieron »

dans cette Cité les familles nombreuses étaient prioritaires. > en estos bloques de viviendas, las familias numerosas eran prioritarias.

« Cité » : Il est évident qu’il s’agit d’une « cité HLM », là où justement on a relogé dans les années 1960 les habitants de taudis et de bidonvilles. La seule expression compréhensible en espagnol me semble être « bloque de viviendas sociales ». C’est d’ailleurs ce qu’on trouve dans le Forum de Word Reference (dont la consultation est souvent fort utile) :

« No se me ha quedado claro lo que tienes que traducir, si cité o HLM. Para HLM, no hay solución internacional como bien dices.  Si de cité se trata me parece que lo más "entendible" por todos es: conjunto / bloques de viviendas sociales ».

L’adjectif « sociales » n’est peut-être pas indispensable : le contexte est suffisamment explicite pour qu’on puisse le sous-entendre.

 

On avait reçu le nombre de pièces auquel nous avions droit selon le nombre d'enfants. > Habíamos recibido el número de habitaciones al que teníamos derecho conforme al número de hijos.

Pas de difficultés particulières.

Les parents avaient une chambre, les garçons une autre, je couchais avec les bébés dans la troisième ;>  Los padres tenían un dormitorio, los chicos otros y yo dormía con los nenes en el tercero

Distinguer les garçons (chicos) dont on parle au début et les bébés (les jumeaux) dont il est question ici. On peut traduire par “bebés” mais aussi penser à un mot très courant en Espagne “los nenes”.

Lorsque « coucher avec » correspond à « dormir » (et rien de plus), l’espagnol emploie « dormir ».

on avait mis une salle d’eau, la machine* était arrivée quand les jumeaux étaient nés, et une cuisine-séjour où on mangeait ; > habíamos instalado un cuarto de aseo, había llegado la lavadora al nacer los mellizos, y una cocina-sala de estar donde comíamos.

« On », ici, c’est « nous ». “Salle d’eau” est plus rudimentaire que “salle de bains”. Il vaut mieux “cuarto de aseo” plutôt que “cuarto de baño”.

c’est dans la cuisine, où était la table, que je faisais mes devoirs. > En la cocina, donde estaba la mesa, era donde yo hacía mis tareas.

Attention aux formes emphatiques (traduction de “c’est... que”). A revoir si besoin est dans une grammaire. Une “règle” à retenir : on n’emploie jamais “que” en espagnol écrit. On peut trouver quien, a quien, donde, cuando, al que, etc. Mais jamais “que”. En réalité, on entend (et on lit) de plus en plus le « que » tout seul. Le jury considèrera cependant que cet usage est incorrect. Ne pas oublier non plus l’accord des temps.

C’était mon bon moment. > Era mi momento predilecto.

Plusieurs traductions possibles pour « bon » sauf… « bueno ». On pourrait songer par exemple à « momento de felicidad » ou « momento favorito ».

Je me suis mise à aimer les devoirs peu à peu… > Poco a poco empezaron a gustarme las tareas.

Le verbe “gustar” s’impose. Il implique une construction indirecte qui rend nécessaire l’emploi de “poco a poco” ou d’équivalents (“paulatinamente”, etc.)

Plus un devoir était long, plus j’étais contente…> Cuanto más larga era una tarea, más contenta estaba yo

A revoir dans une grammaire : les constructions du type « cuanto más… más ». Explications du DPD :

cuanto más.  Si más va seguido de un sustantivo, cuanto debe concordar con él en género y número: «Cuanta más razón tienen, más lata dan» (Schwartz Conspiración [Esp. 1982]); «Cuantas más verdades tiene para decir, peor escribe» (Piglia Respiración [Arg. 1980]). No debe prescindirse de cuanto: Más razón tienen, más lata dan. Si lo que sigue a más es un adjetivo, cuanto permanece invariable: «El hombre es sólo madera, cuanto más recia mejor» (Sampedro Sonrisa [Esp. 1985]); y no cuanta más recia mejor. Mientras más es variante coloquial aceptable de cuanto más: «Mientras más franqueza haya entre nosotros, mejor nos entenderemos» (Martínez Evita [Arg. 1995]); «Mientras más rápida sea la respiración, menos durará el acto» (Gala Durmientes [Esp. 1994]). Con la excepción de México y el área centroamericana, donde es normal entre hablantes de todos los niveles, la norma culta general rechaza el uso de entre más por cuanto más: «Entre más vieja estoy menos entiendo la vida» (Elizondo Setenta [Méx. 1987]). No es aceptable el uso de contra más en lugar de cuanto más: «Contra más vieja, más loca» (Quiñones Noches [Esp. 1979]).

Les autres filles disaient que ça ne servait à rien. > Las otras chicas decían que aquello no servía para nada.

Aucune difficulté

Moi, ça ne me gênait pas. Même je crois que plus ça ne servait à rien plus ça me plaisait.> A mí no me molestaba. Incluso creo que cuanto más no servía para nada, más me gustaba.

La traduction de “même” par “mismo” est imposible. L’expression “cuanto más no servía para nada” est un peu bizarre dans un texte écrit (il serait plus léger de dire “cuanto menos servía”). Mais cette lourdeur apparente est justement la marque d’un signe d’oralité dans le texte, c’est comme une citation du discours des autres filles. Il en va exactement de même en français.

 

 

Traduction proposée

Yo empezaba a ir a la escuela. Por la mañana les daba el desayuno a los chicos, los llevaba al parvulario y me iba al colegio. Al mediodía nos quedábamos en el comedor escolar. Me gustaba el comedor, una se sienta y los platos le llegan ya servidos; siempre es bueno lo que hay en unos platos que llegan ya servidos; a las demás chicas no les solía gustar el comedor, lo encontraban todo malo; yo me pregunto qué tendrían en su casa; sin embargo cuando les interrogaba, era lo mismo que en la nuestra, de la misma marca y procedente de las mismas tiendas excepto la mostaza que papá traía directamente de la fábrica; nosotros a todo le echábamos mostaza.

Por la tarde traía a los chicos de vuelta y los dejaba en el patio a que jugaran con los demás. Subía a recoger el dinero y volvía a bajar para hacer la compra. Mamá preparaba la cena, papa regresaba y ponía la tele, cenábamos, papá y los chicos miraban la tele, mamá y yo fregábamos los platos y todos iban a acostarse. Yo me quedaba en la cocina haciendo mis tareas.

Ahora nuestro piso estaba bien. Antes vivíamos en un cuartucho con el agua en el rellano. Cuando aquella zona fue derribada, nos pusieron aquí; éramos prioritarios; en estos bloques de viviendas, las familias numerosas eran prioritarias. Habíamos recibido el número de habitaciones al que teníamos derecho conforme al número de hijos. Los padres tenían un dormitorio, los chicos otros y yo dormía con los nenes en el tercero; habíamos instalado un cuarto de aseo, había llegado la lavadora al nacer los mellizos, y una cocina-sala de estar donde comíamos. En la cocina, donde estaba la mesa, era donde yo hacía mis tareas. Era mi momento predilecto. Poco a poco empezaron a gustarme las tareas. Cuanto más larga era una tarea, más contenta estaba yo... Las otras chicas decían que aquello no servía para nada. A mí no me molestaba. Incluso creo que cuanto más no servía para nada, más me gustaba.