Lancement d'un torero
Notes de commentaire et corrigé du thème
Texte assez simple qui a néanmoins été l’occasion de nombreuses traductions erronées ou discutables sur des points de détail.
Un torero ça se lance comme une marque de lessive
Peu de candidats ont été conscients du problème posé par cette phrase qui a souvent donné lieu à une confusion entre la forme impersonnelle et la forme pronominale. Le pronom « SE » peut en effet servir de base à une construction de type réfléchi : « un torero se lance dans l’arène ». Dans ce premier cas, « torero » est sujet, c’est lui-même qui « se lance » au sens physique du mot. Mais « SE » peut aussi être utilisé dans une construction de type impersonnel et c’est le cas dans la phrase française à traduire qui signifie : le torero « on » le lance. En réalité les deux constructions sont grammaticalement possibles en espagnol. « Un torero se lanza » peut en principe avoir les deux sens : il s’élance lui-même ou bien il est lancé (la construction impersonnelle implique alors une tournure passive). Le problème ici n’est pas vraiment syntaxique mais sémantique. Car comme je viens de le dire, « lancer » peut être pris ou bien dans un sens concret (physique) ou bien dans un sens figuré (commercial). Or dans le cas de la tauromachie, qui est une activité on ne peut plus « physique », on pense automatiquement au sens concret d’autant plus que ce sens physique littéral sert de base en espagnol à une autre expression figurée : « lanzarse al ruedo » (= echarle valor a algo / exponerse / emprender algo sin miedo ante el peligro). En outre la phrase française est moins ambigüe dans la mesure où y figure aussi le pronom « ça » qui dépersonnalise le torero et le transforme en objet (de marketing). Or ce dernier pronom neutre ne pourra pas être traduit en espagnol. On ne peut pas dire « un torero eso se lanza ». Tout cela amène à préférer la construction clairement impersonnelle qui, indépendamment même du contexte, est aujourd’hui considérée par la Real Academia comme la « norma culta ». On écrira donc : « a un torero se le lanza » (« torero » est alors COD précédé de la préposition A puisqu’il s’agit d’une personne). Il est évidemment possible d’utiliser « UNO » au lieu de « SE ». « Torero » ne peut plus du tout être compris comme sujet de la phrase et la préposition « A » devient obligatoire. Cela donnerait « A un torero uno lo lanza como… ». Mais la première traduction avec SE me semble préférable car le locuteur énonce une vérité générale qui s’impose à tous alors que le choix de UNO signifierait qu’il part de sa propre expérience.
Pour la différence entre les deux constructions, voir les explications détaillées sur le site de la RAE :
http://lema.rae.es/dpd/srv/search?id=bsHtgs373D6sirfnKs
Pour l’usage de la forme « LE » (datif) au lieu de « LO » (accusatif) dans les constructions impersonnelles avec « SE », voir les remarques sur le leismo
http://lema.rae.es/dpd/srv/search?id=DRC2Ny6YAD6yEoSWaX
au point 4f.
Lessive
Detergente. Faire la lessive : hacer la colada, lavar la ropa.
Gosse
Plusieurs traductions possibles : muchacho, mozo, chico, chaval (que je préfère ici)
A noter l’argot un gachó, una gachí tiré du caló (langue des gitans d’Espagne où la terminaison en I est la marque du féminin)
Pas parce que c’était un grand torero
La négation initiale peut se rendre par « No porque » ou simplement par « no que ». Le vrai problème concerne la traduction de « c’était ». Dans la mesure où il s’agit d’une hypothèse et que cette hypothèse est « irréalisée » par la forme négative, le subjonctif imparfait s’impose en espagnol.
Les règles de la tauromachie semblaient lui être aussi inconnues…
Beaucoup de constructions fautives. « Semblaient lui être inconnues » n’est pas l’équivalent de « lui semblaient être inconnues ». La phrase française signifie : on aurait dit qu’il ne connaissait pas les règles. Ce n’est pas la même chose que : il lui semblait que les règles étaient inconnues – autrement dit : il avait l’impression que personne ne connaissait les règles. Il faut traduire de telle sorte que le vrai sens soit respecté.
Il offrait
Ofrecía est possible. Mais j’ai une préférence pour brindaba dont l’emploi figuré est très hispanique et qui, en plus, connote la tauromachie.
L’arène
En espagnol on a le choix entre plaza (de toros) ou ruedo. Il est vrai que la piste des arènes est couverte de sable (d’où le mot français) mais arena ne s’emploie guère en espagnol dans ce sens métonymique.
L’art c’est au musée du Prado qu’il se trouve
Attention aux constructions emphatiques en espagnol. « C’est que » ne peut JAMAIS être traduit par « es que ». Retenez au moins cela d’un point de vue mnémotechnique. JAMAIS. A partir de là, on réfléchit aux différentes possibilités pour le temps et le pronom relatif. Ici : es en el museo del Prado donde se encuentra. Ou plus simplement : en el Prado está. Ou encore : para arte, ya está el Prado. La construction “c’est que” est extrêmement courante en français et souvent lourde en espagnol. Ne vous sentez pas tenus par une seule tournure.
Exciter
Le verbe excitar n’est pas impossible (sens 2 du DRAE). On peut aussi traduire par arrebatar (sens 3 du DRAE).
excitar.
(Del lat. excitāre).
1. tr. Provocar o estimular un sentimiento o pasión. Su riqueza excita la envidia de sus compañeros. U. t. c. prnl.
2. tr. Provocar entusiasmo, enojo o alegría. La idea del viaje me excita. U. t. c. prnl. Se excita con la falta de puntualidad de sus empleados.
3. tr. Producir nerviosismo o impaciencia. U. t. c. prnl. El niño se excita con las visitas.
4. tr. Despertar deseo sexual. U. t. c. prnl.
5. tr. Biol. Producir, mediante un estímulo, un aumento de la actividad de una célula, órgano u organismo.
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arrebatar.
(De rebatar).
1. tr. Quitar con violencia y fuerza.
2. tr. Atraer algo, como la vista, la atención, etc.
3. tr. Sacar de sí, conmover poderosamente excitando alguna pasión o afecto. U. t. c. prnl.
4. tr. Arrobar el espíritu. U. t. c. prnl.
5. tr. Dicho del calor excesivo: Agostar las mieses antes de tiempo. U. t. c. prnl.
6. prnl. Enfurecerse, dejarse llevar de alguna pasión, y especialmente de la ira. U. a veces referido a los animales.
7. prnl. Dicho de un alimento: Asarse o cocerse mal y precipitadamente por exceso de fuego.
8. prnl. Acalorarse, contraer fiebre.
9. prnl. coloq. Col., Cuba y Pan. enloquecer (‖ volverse loco).
faire dresser les cheveux
poner los pelos de punta
gros cigarre
Il faut d’abord distinguer entre cigarro (qui aujourd’hui est l’équivalent de cigarillo = cigarette) et puro (originellement cigarro puro) qui est le cigare français. Un gran puro est inexact (d’autant plus que gran pourrait renvoyer à la qualité). Mais un puro gordo n’est pas très satisfaisant. Je pense qu’un Espagnol aurait tendance à dire « un puro de los gordos », en individualisant parmi tous les cigares possibles les plus gros.
matador
matador existe en espagnol, bien sûr. Mais je vous propose diestro, très caractéristique du vocabulaire taurin.
effroi
pavor, espanto.
la frousse
Le mot « frousse » est à la fois plus populaire et plus évocateur que « peur ». L’équivalent espagnol est « canguelo » - encore un mot gitan qui vient de l’hindi « gandh », qui signifie « odeur » : quand on a la frousse, on sent mauvais. C’est pourquoi dans la langue parlée, un « cagueta » est un « froussard ».
Chair de poule
Carne de gallina existe en espagnol.
A condition que
Siempre que, con tal que.
Se fasse
Il est aujourd’hui impossible d’utiliser le subjonctif imparfait dans la langue parlée. Mais le récit est au passé et l’espagnol va respecter la concordance des temps. Se hiciera.
Salement
Dans la langue parlée a une valeur intensive. Il est impossible de traduire par « suciamente ». Voir le TLF.
C. − Pop. [Avec une valeur intensive] Beaucoup, bien, très. Synonymes : bougrement, méchamment, terriblement, vachement. Etre salement amoché, malade; se faire salement voler; être salement puni. − Vous vous ennuyez salement, pauvre chien? dit Françoise. − C'est pas croyable ce qu'on peut se faire chier, dit Gerbert (Beauvoir, Invitée, 1943, p. 404).
Embrocher
Par la corne. Dans le vocabulaire taurin, on dit empitonar (los pitones ce sont les cornes du taureau).
il fallait battre le fer tant qu’il était chaud
La phrase intègre un proverbe dont l’équivalent espagnol est : al hierro candente batir de repente. http://cvc.cervantes.es/lengua/refranero/ficha.aspx?Par=58172&Lng=0
Me harcelaient
Atosigar, acosar.
pour que je l’apporte au prêteur et que je récupère les bijoux
Ici aussi il convient de respecter la concordance des temps. Llevara, recuperara.
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Traduction proposée
Lanzamiento de un
torero
« A un torero se le lanza como una marca de detergente. Marcas de detergentes hay muchas y toreros también. Quien triunfa no es forzosamente quien tiene el mejor producto sino quien mejor sabe venderlo. Yo, enseguida entendí que aquel chaval valía oro. No que fuera un gran torero. Las reglas de la tauromaquia parecían ser para él tan desconocidas como las reglas del cricket. Desde el punto de vista del arte brindaba incluso un espectáculo más bien lastimoso. Pero a mí que no me vengan con lo del arte en el ruedo. Para arte, ya está el Prado. En el ruedo se necesita otra cosa. A mí en el ruedo no me interesa más que una cosa: un chico que puede excitar a una muchedumbre. Presénteme a un chaval capaz de ponerle el pelo de punta a todo el público de una plaza y le diré a Ud.: ahí tiene a un chico que ganará dinero como matador de toros. Manuel Benítez, él, ansiaba tanto comprarse el Mercedes, anhelaba tanto, como decía él, convertirse en un “señor con panamá y puro de los gordos” que estaba dispuesto a todas las locuras. Y esas locuras podía cometerlas cuando le daba la gana porque él desconocía el miedo, esa enfermedad que les agarra las tripas a los mejores diestros y los deja paralizados.
En Palma ví de qué modo reaccionaba la gente a las excentricidades de Manuel. No faltaba nada: la angustia, el estupor, el espanto. ¡Ay, el espanto! Eso era, sobretodo. Aquel chaval les daba canguelo. Con su valor descomunal les ponía carne de gallina. Y eso hace que acuda la gente a una plaza. Eso era lo que yo iba a vender: el valor desesperado de un chaval. Ahí estaba la fortuna. Con un poquitín de suerte al final del verano volvería a ser millonario. Y él también. Con tal que no se hiciera empitonar de mala manera con sus extravagancias. Pero de momento al hierro candente había que batirlo de repente y era preciso repetir en otra parte el triunfo de Palma. No era fácil. Había recuperado mi dinero con la corrida de Palma pero mis padres me acosaban para que se lo llevara al prestamista y recuperara las joyas. Ellos querían sus joyas mientras que yo tenía en la mano la joya más preciada del mundo: el valor de un crío »
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