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Corrigé du thème d’Albert Cohen
Notes de commentaire et traduction
TEXTE :
Attention, l’invité arrive !
— Allons, dépêchons, dit Adrien. Résume-moi la situation pour que je parte un peu tranquille. Une note d'orientation, en quelque sorte.
— Donc, salon et salle à manger faits à fond, cirés et bloqués. Aspirateur partout, y compris les tentures. La même chose pour le corridor, enfin partout où notre invité passera. Martha a lavé à fond les verres de cristal et la vaisselle à filet d'or, la Leerberghe donc, de ton grand-père. Les couverts ont été polis et toute l'argenterie. J'ai bien inspecté. Enfin, tout a été fait, sauf la table qui n'a pas été mise, c'est l'extra qui la mettra, ils ont leurs habitudes. J'ai fermé à clef la salle à manger. Il faudra la rouvrir forcément quand l'extra sera là, mais je l'interdirai à Papi pour qu'il n'aille pas y faire des siennes et me mettre tout sens dessus dessous. Quand nous en aurons fini ici, au salon, je fermerai à clef aussi.
— Et le cabinet de toilette d'en bas? Si jamais il veut se rafraîchir avant de passer à table?
— Tu penses bien que j'y ai pensé. Tout est reluisant, lavabo, robinets, glace, faïences, enfin impeccable. Après inspection, j'ai fermé à clef le cabinet de toilette, ça fait que nous, point de vue buen retiro, on se servira de celui du premier, et point de vue se débarbouiller, le robinet de la cuisine ou alors ta salle de bains.
— Au cabinet de toilette, les serviettes ont été changées?
— Mais pour qui me prends-tu, mon chéri ? J'ai mis les toutes neuves qui n'ont jamais servi, rafraîchies d'un coup de fer pour ôter les faux plis, et puis du savon anglais tout neuf aussi, acheté exprès, la même marque que chez les van Offel.
— Écoute, Mammie, je pense à une chose. Est-ce que c'est bien de le laisser se laver les mains dans le cabinet de toilette d'en bas où il y a un water, ça pourrait le choquer. Est-ce qu'il ne vaudrait pas mieux le faire monter à ma salle de bains?
— Mais Didi, tu n'y penses pas ! De quoi ça aurait l'air de lui faire monter deux étages pour qu'il se lave juste les mains ? Écoute, c'est bien simple, au-dessus du siège du water, je mettrai mon joli tissu indien broché argent, tu sais le cadeau de chère Élise pour me faire une liseuse. Ça recouvrira le water et ça fera élégant.
— Bon, d'accord, mais dis donc, n'oublie pas de rouvrir à temps le cabinet de toilette, hein? Ça serait la catastrophe si on devait introduire la clef dans la serrure devant lui !
— Je rouvrirai à sept heures et quart. J'ai mis le réveil de la cuisine en conséquence. À ce moment-là, pas de risque, j'aurai Papi sous les yeux.
— Pour le maître d'hôtel, tout est bien fixé?
— À vues humaines, oui. J'ai donc retéléphoné ce matin à l'agence pour bien leur mettre dans la tête que l'extra doit être ici sans faute à cinq heures et demie pour qu'il ait le temps de s'y reconnaître, mettre la table selon les règles, et ainsi de suite.
— C'est quelqu'un de confiance?
— Ce n'est jamais qu'un domestique. Mais l'agence est sérieuse, c'est chère madame Ventradour qui me l’a recommandée. En tout cas, j'ai bien dit à Martha qu'elle ne quitte pas l'extra d'une semelle, à cause de l'argenterie.
NOTES DE COMMENTAIRE
Titre : Attention, l’invité arrive !
Il peut y avoir un problème de ponctuation dû à l’étourderie. Si vous écrivez : ¡Cuidado con el invitado que llega! « que » est une pronom relatif : l’invité qui arrive. Il faut au moins une virgule. à¡Cuidado con el invitado, que llega ! Ou même : ¡Cuidado con el invitado ! ¡que llega ! Mais une telle traduction reste inexacte. Le titre ne signifie pas vraiment qu’il faut faire attention à l’invité mais faire attention à tout PARCE QUE l’invité arrive. Le mieux est l’inversion du verbe et du sujet, si fréquente en espagnol, et la séparation des deux propositions : « ¡Cuidado ! ¡Que llega el invitado! ». Mais “ ¡Cuidado!” ai-je envie de dire moi-même : dans cette phrase le “que” espagnol est une marque d’insistance (sur les raisons qui incitent à faire attention et donc à peu près l’équivalent d’un « porque »). Il n’est pas en tant que tel exclamatif, même s’il est pris par ailleurs dans une structure exclamative àpas d’accent ! Ecrire « qué » est un solécisme.
Allons, dépêchons, dit Adrien.
Allons, dépêchons : Impératif français à valeur impersonnelle. à venga, de prisa / vamos, de prisa (rápido, sin perder tiempo, etc.).
Pour ce qui est de la ponctuation, les incises dans le discours direct sont marquées en espagnol par des tirets. La virgule ne suffit pas. Il s’agit d’une convention typographique qu’il convient de respecter en thème.
Résume-moi
« Resúmeme » est tout à fait possible mais peu euphonique avec la répétition de « me ». On peut penser à : « Hazme un resumen »
Pour ainsi dire
como quien dice, como si dijéramos, por así decirlo, etc.
— Donc, salon et salle à manger faits à fond, cirés et bloqués.
Donc : pues, así pues, así que, conque.
“Hacer una habitación” peut se dire pour “limpiar”. Il faut comprendre le sens de “bloquer” : il s’agit d’empêcher le passage. « Encerados» y « cerrados » est assez cacophonique en espagnol « encerados y encerrados » serait encore pire et, en plus, inexact. On peut penser à « clausurar » ou employer l’expression « bajo llave ». « Bloquear » n’est pas impossible mais me semble un peu excessif pour un salon et une salle à manger. Il en va peut-être de même en français. Il ne s’agit là que de petites nuances ou de préférences de traduction, discutables à l’infini.
Tentures
Au sens général : « Ensemble des tissus servant à la décoration d'une pièce » (tapisseries, rideaux). Il vaut mieux « colgadura » que « cortinaje », lui-même meilleurs que « cortinas ».
La même chose pour le corridor
Une expression très espagnole (à partir du latin) : Ídem de ídem
partout où notre invité passera
por todas partes por donde” est correct mais très lourd. Une formule beaucoup plus légère et très hispanique = “por doquier”. Très important : il s’agit d’une proposition relative introduite par le pronom relatif où (de la liste « qui, que, quoi, dont, où »). Le subjonctif s’impose en espagnol et il vaut mieux rendre l’idée de futur par la forme périphrastique « haber de » (qui est à l’origine de la formation du futur : voir la fiche). Cela donne au final : « por doquier haya de pasar nuestro invitado ».
les verres de cristal
Attention, le « cristal », ce n’est pas du verre. En espagnol il faut préciser « cristal de roca ».
la vaisselle à filet d'or
Même si “hilillo” se comprend, les deux seuls mots employés du point de vue technique sont “filete” et “ribete”.
Les couverts ont été polis
Pour “polir” le verbe le plus adéquat est « bruñir » (= Sacar lustre o brillo a un metal, una piedra, etc. DRAE)
L’argenterie
Attention “platería” est un contresens puisqu’il ne peut signifier que 4 choses en espagnol :
1. f. Arte y oficio del platero.
2. f. Obrador en que trabaja el platero.
3. f. Tienda en que se venden obras de plata u oro.
4. f. Calle o barrio donde trabajaban y tenían sus tiendas los plateros. (DRAE)
Il convent d’employer “plata” dont le quatrième sens est :
4. f. Objeto o conjunto de objetos de plata. (DRAE).
“Cuberteria de plata” serait inexact puisque “l’argenterie” ce ne sont pas seulement les couverts. On peut en revanche préciser « servicio de plata » qui recouvre l’ensemble de la vaisselle. « servicio » : « Conjunto de vajilla y otros utensilios, para servir la comida, el café, el té, etc » (DRAE).
Extra
On trouve dans le TLFi :
P. méton., subst. masc. et fém. Personne effectuant ce service occasionnel. Elle est employée comme « extra » chez le vins-hôtel meublé attenant à l'école (Frapié, Maternelle,1904, p. 189).Un de ces « extras » qu'on fait venir dans les périodes exceptionnelles pour soulager la fatigue des domestiques (Proust, Guermantes 2,1920, p. 336).Les mathématiques me plaisaient. On fit venir une extra qui à partir de la seconde nous enseigna l'algèbre, la trigonométrie (Beauvoir, Mém. j. fille,1958, p. 151).
Précision : il m’arrive souvent de citer le Trésor de la langue française informatisé mais je ne sais pas si tout le monde connait cette ressource en ligne qui est précieuse et dont il n’existe malheureusement rien de comparable pour l’espagnol (voir le site http://atilf.atilf.fr/tlf.htm).
Le DRAE ne donne « extra » que dans le contexte du cinéma (=figurant). Mais on l’emploie couramment dans des expressions comme « contratar a un extra de camarero ».
c'est l'extra qui la mettra
La traduction correcte de la forme emphatique « c’est… qui » est souvent lourde. L’espagnol l’utilise de façon moins courante que le français. Il y a parfois d’autres tournures. Ici, par exemple, un simple « ya » et l’inversion du sujet serait une bonne façon de traduire : « Ya la pondrá el extra »
Rouvrir
Peut signifier deux choses : ou bien réitérer l’action d’ouvrir (“abrir de nuevo”) ou bien rendre de nouveau accessible un endroit après une période de fermeture. Dans ce dernier cas, l’espagnol préfère en principe ne pas utiliser « de nuevo » ou « volver a » puisqu’il s’agit du retour à la situation antérieure et non d’une répétition de l’ouverture. Mais cette distinction semble s’estomper dans la langue courante.
Forcément
Indique la conséquence. = « Desde luego » ou « claro que… »
mais je l'interdirai à Papi
En français “l’” est un pronom personnel qui renvoie à “salle à manger”. En espagnol, on ne peut pas employer de façon transitive le verbe « prohibir » lorsqu’il s’agit d’interdire à quelqu’un l’accès d’une pièce. Il faut préciser « prohibir el paso a alguien ».
pour qu'il n'aille pas y faire des siennes
On peut alléger la traduction en sous-entendant « para que » : « no vaya a hacer una de las suyas » ou, peut-être plus expressif, « no sea que vaya a hacer ».
Si jamais il veut se rafraîchir
Si jamais = au cas où. « Si acaso » ou « si se le antoja » ou même tout simplement « por si ». Des traductions comme « si alguna vez » sont des contresens.
« Refrescarse » est considéré en espagnol comme un gallicisme (dans ce sens là). Le mieux serait « asearse ». Mais cela introduit une répétition peu agréable avec le « cuarto de aseo » qui est juste avant. Or il est difficile de dire autre chose puisque nous avons un peu plus loin « salle de bains » qui s’oppose à « cabinet de toilette ». Le mot le plus exact pour « cabinet » serait « retrete » mais il est pratiquement réservé aux W.C. En plus tout cela change selon les pays à cause de l’emploi systématique d’euphémismes. En Amérique latine, le mot « baño » désigne les WC. Bref, pour « se rafraîchir », je propose « componerse » (qui peut avoir le sens de « faire un brin de toilette).
point de vue buen retiro
Toujours le problème de ces « lieux » qu’on a tant de mal à désigner…L’expression est un peu désuète mais on en trouve de nombreux exemples dans la littérature. Il s’agit évidemment d’une référence au Palacio del Buen Retiro à Madrid. Il est habituel d’avoir recours à une langue étrangère pour désigner des lieux ou des objets ressentis comme « grossiers ». « WC » en français ou « váter » en espagnol sont deux exemples, plus courants, du même phénomène.
Pour l’expression française, voir ce qu’en dit le TLFi (B2).
A.− Demeure, appartement ou pièce, généralement de petites dimensions, à l'écart et servant de retraite :
1. pluton. − Nous sommes dans mes petits appartements, dans ce que j'appellerai, si tu veux, mon buen retiro. jupiter. − Tu dis? pluton. − Je dis mon buen retiro... comme qui dirait mon boudoir... C'est là que, fatigué du gouvernement de mon royaume infernal, je viens goûter quelques instants de repos et de solitude. (...). jupiter. − Soit ... Oui, je trouve cela très-joli, très-intime... je veux m'en faire disposer un pareil dans l'Olympe. C'est très-favorable (souriant) aux amours, n'est-ce pas? Crémieux, Orphée aux enfers,1858, II, 3, pp. 61-62.
B.− P. ext.
1. P. plaisant. Lieu isolé :
2. [Tu vas faire ton somme, gueux de Paris, dans quelque terrain vague,] ô coucheur scandaleux Qui pour buen retiro prends cette place immonde Où gisent les débris honteux de tout le monde ... J. Richepin, La Chanson des gueux,1876, p. 94.
2. P. euphém. Les toilettes :
3. Quant à Cottard il ne put donner d'avis, car il avait demandé à monter un instant « faire une petite commission » dans le buen retiro... Proust, Sodome et Gomorrhe,1922, p. 904.
Rem. Qq. aut. emploient l'abrév. retiro : [servir] de chambre à toilette, de fumoir et aussi de « retiro » (P. Bourget, Le Disciple, 1889, p. 31), ... m'abandonnant dans ce diable de retiro (Gide, Si le grain ne meurt, 1924, p. 468).
ÉTYMOL. ET HIST. − 1858, supra ex. 1. Empr. par métaph. ironique à l'esp. Buen Retiro, nom d'une résidence royale bâtie par Philippe IV aux environs de Madrid.
Pour la traduction, deux options sont possibles :
1. Dans une traduction commerciale (pour une maison d’édition, l’usage veut que l’on garde l’expression avec un rappel de note en bas de page où l’on écrit la formule : « En español en el original. N.d.T. »)
2. Pour une traduction de type universitaire, on pourrait peut-être vous reprocher d’avoir esquivé la difficulté. Mais traduire implique qu’on garde le jeu entre les deux langues. Si on se contente de dire « el baño » ou « el váter », le lecteur espagnol perd tout ce qui fait la saveur de l’expression. Certains ont proposé de d’utiliser le français « petit coin », ce que j’ai trouvé assez astucieux.
S’il faut choisir, je pencherais pour la première solution. Mais il est vrai que je ne passe pas les concours…
En ce qui concerne le « water » du texte qui désigne le lieu même qu’il ne faut pas désigner, l’espagnol dispose d’un mot assez savoureux (si j’ose dire) car antiphrastique au possible : « inodoro ». C’est, je crois, celui qu’emploieraient les personnages d’Albert Cohen, si terriblement petit-bourgeois.
Par parenthèse et par association d’idées, je ne sais pas si tout le monde connait l’expression espagnole « aguas mayores y menores », qui se réfère aux deux activités les plus habituelles dans un « buen retiro ». Cette photo, qui concerne les "eaux mineures", prise dans le village de Sepulveda, dans la province de Ségovie, se suffit à elle-même en guise d’explication.
Se débarbouiller
Le DRAE ne donne pas “lavotearse” au sens de “se débarbouiller” et insiste au contraire sur un lavage méticuleux alors qu’il donne un sens contraire à la forme non-pronominale. Je trouve cela un peu bizarre. Le Dictionnaire espagnol-français d’Espasa Calpe donne pour sa part : “lavotearse = se débarbouiller”. Ce qui est confirmé dans l’exemple suivant : “Se multiplican los ruidos: grifos abiertos, gorgoteo en sumideros, choquecitos de frascos, ronroneo de afeitadora, la ducha... Luego el matrimonio en la cocina, estorbándose ambos al prepararse los desayunos. El viejo acepta una taza de ese café aguado y pasa al baño a lavotearse” José Luis Sampedro, La sonrisa etrusca.
Toutes neuves
“Todas” est impossible. On bien on supprime « toutes » ou bien on utilise un diminutif (‘est l’une des valeurs possibles du diminutif en espagnol) : « nuevecitas », ou bien on utilise une construction du type « las que están totalemente nuevas ». « Las totalmente nuevas » est maladroit, je ne crois pas qu’un Espagnol dirait spontanément cela.
De quoi ça aurait l'air?
L’équivalent espagnol n’existe pas vraiment. Une expression comme « ¿qué parecería? » serait à la fois insuffisante et inexacte. Je crois qu’on est obligé d’expliciter avec « resultaría estrambótico » (ou « extremado », ou « ridículo » ou « grotesco » ou toute expression analogue mais c’est « estrambótico » qui me semble la plus appropriée du moins en espagnol d’Espagne. Si l’on tient à la forme interrogative, il faudrait quelque chose comme « ¿qué impresión daríamos si.. ? ». Mais je trouve que c’est bien peu spontané dans la langue orale.
Broché
« Brocher » = « Tisser une étoffe suivant un procédé qui permet de faire apparaître des dessins en relief sur le fond uni. Brocher d'or, d'argent, de soie (une étoffe, un tissu) ». Le résultat est le brocart. L’équivalent espagnol est « brocado » : “tela de seda entretejida con oro o plata, de modo que el metal forme en la cara superior flores o dibujos briscados” (DRAE). L’adjectif est peu usité mais existe. On peut donc dire “tela de brocado de plata” ou, de façon moins usuelle, “tela brocada con plata”. On peut également employer « briscado » qui apparaît dans la définition antérieure. Le mot « guadamecí », directement emprunté à l’arabe, désigne aussi une façon de travailler en relief mais il s’agit de l’artisanat du cuir et non pas d’une forme de tissage.
le cadeau de chère Élise
Il est assez évident que l’auteur se moque du langage guindé des personnages. Cette façon d’utiliser une formule d’interlocution (seconde personne) pour parler d’une troisième personne (reprise un peu plus loin avec « chère madame Ventradour ») fait partie de ces « travers linguistiques » que les deux époux croient distingués. Je ne suis pas sûr qu’un calque littéral fasse le même effet en espagnol. Je pense qu’il est préférable d’ajouter un possessif comme « nuestra » et de choisir « estimada » plutôt que « querida » pour rendre le caractère pseudo-distingué du langage : « estimado » s’emploie par exemple comme formule d’adresse dans les lettres lorsqu’on veut éviter toute familiarité avec le destinataire. Le français, lui, emploiera « cher » même lorsqu’il n’y a aucun sentiment d’affection. « Cher monsieur », « chère madame » sont des formules « neutres » qu’on rendrait en espagnol par « estimado señor », « estimada señora ». Si on veut « en rajouter », on peut mettre « nuestra muy estimada Elise »
Liseuse
On trouve dans le TLFi :
A. − Petit coupe-papier que l'on peut fixer à la page à laquelle on a arrêté la lecture :
Souvent elle tenait un livre, mais un livre presque toujours fermé; dans le livre, une liseuse d'écaille restait prise entre les feuillets. Gide, Porte étr.,1909, p. 499.
B. − Vêtement chaud et léger que les femmes portent sur le vêtement de nuit pour lire au lit. La baronne, les épaules couvertes d'une liseuse garnie de dentelle, tourna sur l'oreiller ses cheveux gris, sa face grise (Druon, Gdes fam., t. 2, 1948, p. 212).
C. − Lampe réglable de telle manière qu'elle éclaire le livre tout en laissant le visage hors du cône de lumière. Elle s'était avancée, tenant de sa main levée une lampe d'argent − une liseuse à globe d'un bleu pâle (Bourget, Némésis,1918, p. 260).
D. − Couvre-livre. Liseuse tout en cuir de mouton (...) entièrement lacée sur les côtés (Catal. Manufrance,1962, p. 328).
E. − Petite table à plusieurs tablettes servant à poser des livres et des revues. Mobilier de bois laqué bleu décoré de petites roses, avec toutes sortes de fourre-tout, liseuses, vide-poches (Aragon, Beaux quart.,1936, p. 306).
Pour la traduction, le mieux est "mañatita" dont le DRAE dit:
1. f. Prenda de vestir, de punto o tela, que cubre desde los hombros hasta la cintura y que las mujeres usan principalmente para estar sentadas en la cama.
2. f. Principio de la mañana.
3. f. pl. Composición musical mexicana, en compás de tres por cuatro, que se le canta a alguien, generalmente a una mujer, con ocasión de su cumpleaños.
devant lui
plutôt qu’une traduction mot à mot : “estando él delante” ou “con él delante”
Maître d’hôtel
L’espagnol emprunte au français le mot « Maître » (sans autre précision)
À vues humaines
Pour rester près du texte : “A ojo humano”, “humanamente hablando”, “a vista humana”. En gardant seulement l’idée : “ Si no hay ningún fallo, sí.”
J'ai donc retéléphoné
Ne pas traduire systématiquement “donc par “pues”. Ici on peut songer à « así que » ou à « conque » (en un seul mot : pour la différence entre « con que » et « conque » voir par exemple ce qu'en dit le Diccionario panhispanico de dudas). Pout ceux qui ne connaîtraient pas encore cet outil en ligne, c’est le moment.
bien leur mettre dans la tête
Attention aux deux sens de « mettre » en français : 1) introduire, faire pénétrer. 2) placer. Dans le premier cas, l’espagnol utilise « meter », dans le second « poner ». C’est évidemment « meter » qui convient ici.
s'y reconnaître
Le pronom “y” (qui n’existe pas en espagnol) indique la localisation (en réalité c’est le même « y » que dans « hay », « soy », estoy », une contraction du « ibi » latin). Il en résulte que le verbe français ne peut pas se traduire par « conocer » ou « reconocer ». Il s’agit de « s’orienter dans un espace que l’on découvre » ou, de façon plus abstraite et au figuré, « dans une situation nouvelle ». Voir encore une fois le TLFi :
Au fig. Trouver une ligne de conduite, de pensée. Synon. se reconnaître, s'y retrouver:
9. Je ne savais m'orienter dans mon désordre, à quoi me prendre pour y planter mon commencement et développer les vagues pensées que le tumulte des images et des souvenirs (...) éveillaient, ruinaient en moi devant mon dessein. Valéry,Variété II,1929, p.228.
En espagnol le verbe « orientarse » est tout à fait adéquat.
mettre la table selon les règles
“como mandan los cánones » ou « como Dios manda » (l’espagnol aime bien mettre Dieu à toutes les sauces, si j’ose dire puisqu’il s’agit de cuisine).
Ce n'est jamais qu'un domestique
“Jamais” n’a pas ici de sens temporel. Il sert à renforcer l’idée « c’est seulement un domestique », « rien d’autre qu’un domestique ». Le Larousse explique : « Ce n'est jamais que, cela ne fera jamais que, indiquent que l'on considère ou qu'il faut considérer quelqu'un, quelque chose d'une manière plus étroite, moins importante, moins grave ». Cf. la phrase très fausse mais assez drôle de Clémenceau: « L’anglais ? Ce n’est jamais que du français mal prononcé » (mais c’est Alexandre Dumas qui l’avait mise dans la bouche d’un de ses personnages).
L’expression signifie donc ici qu’il ne faut pas accorder à l’extra trop d’importance : au fond, ce n’est rien d’autre qu’un domestique ». « Sólo es un críado » est un peu faible. Il vaudrait mieux pour marquer l’insistance et le fait que « ça ne va pas plus loin » : « No pasa de (ser un) críado ».
qu'elle ne quitte pas l'extra d'une semelle
J’aime bien l’expression « No perder pie ni pisada » mais il semble qu’elle soit seulement utilisée à Cuba et en République dominicaine au sens de « mantener bajo constante vigiliancia ». On peut aussi dire pour être compris de tout le monde : « que no se despegue un segundo del extra” ou “que no le quite el ojo de encima”.
TRADUCTION PROPOSEE
¡Cuidado, que llega el invitado!
— Vamos, no perdamos tiempo — dijo Adrien — Hazme un resumen de la situación para que me marche algo tranquilizado. Una nota de orientación, como si dijéramos.
— Bueno pues, salón y comedor hechos a fondo, encerados y clausurados. Aspiradora pasada por todas partes, incluidas las colgaduras. Ídem de ídem en el pasillo, bueno, por todas partes por donde haya de pasar nuestro invitado. Martha ha lavado a fondo los vasos de cristal de roca y la vajilla con ribete dorado, o sea la Leerberghe de tu abuelo. Se han bruñido los cubiertos y toda la plata. Yo misma he pasado revista. En fin, que está todo hecho, menos la mesa que no está puesta, ya la pondrá el extra, ellos tienen sus costumbres. He cerrado con llave el comedor. Claro que habrá que abrir cuando llegue el extra, pero le prohibiré el paso a Papi, no sea que haga una de las suyas y me lo revuelva todo. Cuando hayamos acabado aquí, en el salón, cerraré también con llave.
— ¿Y el aseo de abajo? ¿Por si quiere refrescarse antes de sentarse a la mesa?
— Puedes figurarte que ya me lo pensé. Todo está que reluce, lavabo, grifos, espejo, azulejos, en fin, impecable. Una vez inspeccionado, he cerrado con llave el aseo, con lo que nosotros, asunto buen retiro[2], utilizaremos el del primero, y asunto lavoteo, el grifo de la cocina o el de tu cuarto de baño.
— ¿Han puesto toallas limpias en el aseo?
— ¿Pero por quién me tomas, cariño? He puesto las nuevecitas, que están por estrenar, remozadas con un toque de plancha para eliminar las arrugas, y jabón inglés también nuevo, comprado expresamente, de la misma marca que en casa de los van Offel.
— Oye, Mami, ahora que lo pienso, ¿es correcto dejar que se lave las manos en el aseo de abajo donde hay un retrete? Podría incomodarle. ¿No sería preferible que subiera a mi cuarto de baño?
— ¡Pero Didi, no lo dirás en serio! Resultaría estrambótico hacerle subir dos pisos sólo para lavarse las manos. Mira, muy sencillo, encima del asiento del retrete pondré mi preciosa tela india de brocado de plata, ya sabes, la que me regaló nuestra muy estimada Elise para que me hiciera una mañanita. Tapará el retrete y quedará la mar de elegante.
— Bueno, de acuerdo, pero oye, no se te olvide abrir a tiempo el aseo, ¿eh? ¡Sería catastrófico que hubiera que meter la llave en la cerradura estando él delante!
— Abriré a las siete y cuarto. He puesto el despertador de la cocina expresamente. A partir de entonces, no habrá peligro porque no le quitaré la vista de encima a Papi.
— ¿Lo del maître está solucionado?
— A vista humana, sí. Conque he vuelto a telefonear esta mañana a la agencia para meterles bien en la cabeza que el extra tiene que estar aquí sin falta a las cinco y media para que le dé tiempo a orientarse, a poner la mesa como Dios manda y todo lo demás.
— ¿Es persona de confianza?
— No pasa de ser un criado. Pero la agencia es seria, me la ha recomendado nuestra muy estimada señora Ventradour. De todas formas, le he dicho a Martha que no se despegue un segundo del extra, por lo del servicio de plata.
[2] En español en el original. (N. del T.)
Albert Cohen, Belle du Seigneur