THEME N° 13

 

Je ne mérite pas une telle femme

 

 Il m’est apparu brusquement que la cause de mon irascibilité de ces jours derniers est que Madeleine a songé à partir, que mes paroles, au lieu de lui donner à réfléchir, l’ont amenée à envisager une séparation comme possible. C’est cela qui, depuis une semaine, me hante à son insu et que je ne peux admettre. Une colère sourde est en moi qu’elle ne se fût pas révoltée contre ma magnanimité. Pourtant je suis injuste, car, au fond, elle a eu raison. Comment un homme qui, non sans avoir pesé les conséquences de sa décision, supplie une femme, dans le seul intérêt de celle-ci, de reprendre la liberté qu’il lui avait prise, qui tremble qu’elle ne refuse tant il est convaincu que ce n’est qu’une fois seule qu’elle sera heureuse, comment ce même homme peut-il en vouloir à cette femme d’avoir cédé à ses prières? C’est ma flamme, c’est mon expression crispée l’enjoignant d’obéir qui avaient provoqué l’acceptation de ma femme. Et aujourd’hui je lui reproche d’avoir cédé à tout ce que mon amour pour elle me dictait de lui demander. Je ne mérite pas une telle femme. Un homme comme moi est fait pour vivre seul, sans affection, sans amis. Dieu sait pourtant à quel point mon cœur brûle d’aimer. Je suis injuste. Au fond, je ne sais pas ce que je veux. De toutes mes forces, je désire son bonheur, devrais-je en être tenu éloigné, et en même temps que je désire cela, de toutes mes forces, de toutes les forces que je peux trouver en moi, en même temps je ne lui pardonne pas d’avoir accepté.

 J’ai décidé aujourd’hui que Madeleine ferait ce qu’il lui plairait. Je ne veux pas être une chaîne. Qu’elle soit heureuse! Et cela dût-il me coûter de la perdre, je mets son bonheur au-dessus du mien. Puisqu’elle ne m’aime pas, puisqu’elle souffre en ma compagnie, eh bien, qu’elle fasse sa vie ailleurs! Cette fois les sentiments égoïstes qui pourront suivre ne me surprendront pas. Je m’en défendrai, j'organiserai ma vie. Dans la solitude, dans le renoncement, je puiserai de nouvelles forces. Aussi, à déjeuner, ai-je fait part à Madeleine de mes projets. Je lui ai annoncé qu’après réflexion il valait mieux que nous nous séparions, cela pourtant avec une certaine gêne, car au souvenir de ce qui avait suivi il y a quelques jours ce même langage, elle eût très bien pu éclater de rire. Il n’en fut rien. Madeleine n’attache pas la moindre importance aux pires contradictions. Je pourrais lui affirmer que je déteste les huîtres et en commander peu après qu’elle ne remarquerait rien.

 

Emmanuel BOVE, Journal écrit en hiver, 1931

 

 

Epreuve de choix de traduction. Identifiez les formes verbales employées et leur valeur dans les séquences soulignées Après avoir présenté leur fonctionnement syntaxique en français et en espagnol, vous justifierez votre choix de traduction.

 

CORRIGÉ PROPOSÉ

 

Le titre: Je ne mérite pas une telle femme

Le problème ici est de savoir si l'on utilise ou pas la préposition A devant le COD de personne FEMME.

La règle est bien connue : l’espagnol sépare le verbe et son complément par la préposition « a » si ce complément a pour référent un être humain (ou un animal). C’est comme si la langue répugnait à considérer les êtres animés comme des objets passifs, comme si par définition tout être animé était nécessairement actif. Or tout être mis en position de COD est syntaxiquement passif. Il se produit donc une sorte de contradiction  entre la nature de l'objet et la syntaxe requise. C'est pourquoi il convient de lui ôter un peu de son activité en le mettant à distance comme si l’éloignement contribuait à restreindre sa puissance d’agir, à amoindrir sa force de rayonnement. La préposition « a » est très apte à jouer ce rôle puisqu’elle indique (entre autres) une distance à parcourir avant d’atteindre une destination (« ir a »)


Il n’en reste pas moins que cette règle admet plusieurs exceptions, qui cessent d’ailleurs d’être des exceptions pour peu que l’on ait à l’esprit les considérations qui précèdent sur la puissance d’agir des êtres animés. C’est ainsi que l’on emploie le « a » d’éloignement si le COD est précédé de l’article défini ou d’un possessif (ex : la femme, ma femme). Pourquoi ? Parce que l’objet est alors saisi dans sa plénitude d’être et, par suite, d’activité. Si je COD est en revanche précédé de l’article indéfini, « a » disparaît. Pourquoi ? Parce que l’objet est conçu à partir d’une généralité et que sa puissance d’agir est comme diluée dans l’ensemble virtuel dont il fait partie. Il est actif de façon virtuelle, pas de façon actuelle. Il n’est donc pas besoin de le « désactiver » davantage et la préposition « a » peut être omise.
On dira donc : « ¿No te das cuenta de que dejas una viuda y dos hijos ? » (Vázquez Montalbán).


Pourquoi dit-on alors: “Había conocido a un poeta de origen oscuro llamado Casimir” (Mendoza) ou “Conozco a varios chicos que estarían encantados de tener un auditorio” (Corrales Egea)? Ces exceptions à l’exception n’en sont pas puisque dans ces deux cas le COD est précisé dans la suite et que ces adjectivations lui rendent, avec son identité, la puissance d’agir propre aux être animés.

Il convient de considérer enfin que le locuteur a lui-même le pouvoir d’affirmer sa vision des choses, en tant qu’être animé doté d’une puissance d’agir propre sur le langage qu’il utilise. Il peut donc transgresser les « règles » et employer la préposition « a » pour insister sur la dimension humaine spécifique de l’objet ou, au contraire, l’omettre pour atténuer cette activité de l’être animé.

Après ces réflexions préalables, on peut en venir à la phrase du texte : « Je ne mérite pas une telle femme ». Le COD représente un être humain par définition actif. Il faudrait donc en principe mettre « a ». Sauf que l’objet est précédé de l’article indéfini « un » qui l’inclut dans le groupe dont il fait partie. Cette inclusion est renforcée par l’adjectif indéfini « telle », qui dilue encore plus son activité à l’intérieur d’un type féminin globalisant : « les femmes comme elle ». Grammaticalement, la solution préférable est : « No me merezco una mujer así ».

Cela ne signifie pas que « No me merezco a una mujer así » soit totalement impossible. Mais il faudrait alors avoir recours à l’intention du locuteur, à la puissance d’agir qu’il exerce sur son propre langage. Utiliser cette tournure c’est imposer la prévalence du sens sur la syntaxe. Il est grammaticalement préférable de ne pas utiliser « a ». Si je l’utilise malgré tout, c’est que je veux faire savoir que cette femme est exceptionnelle, qu’elle a en elle une puissance qui lui est propre et qui l’individualise parmi toutes celles avec qui l’on pourrait la confondre.

Lors d’une
épreuve du concours, il vaut mieux donner la préférence à la grammaire. Si vous écrivez un roman, vous êtes plus libre : votre puissance d’agir est très supérieure à celle d’un candidat.

Traduction : « No me merezco una mujer así »
 

Séquence n°1. Il m’est apparu brusquement que la cause de mon irascibilité de ces jours derniers est que Madeleine a songé à partir, que mes paroles, au lieu de lui donner à réfléchir, l’ont amenée à envisager une séparation comme possible.

Cette première phrase ne présente pas de grandes difficultés. On peut garder la tournure impersonnelle du début (« il m'est apparu ») en ayant recours à la voix passive avec SE (« se me ha hecho evidente, claro, etc. ». Mais les tournures à la première personne pouvaient convenir : « me he percatado de que », « he caído en la cuenta de que », etc. Il est préférable de conserver le passé composé en espagnol puisque l’accent est mis, non pas sur l’action elle-même mais sur ses résultats dans le présent du locuteur-personnage.

A songé à partir. Ne pas oublier que le verbe pensar se construit avec la préposition EN (« *pensar a » serait un solécisme grave). Mais la construction directe est possible : « ha pensado irse ».

Pour « donner à réfléchir » la traduction « dar que pensar » implique l’absence d’accent sur QUE puisqu’il ne s’agit ni d’un mot exclamatif ni d’un interrogatif. Voir http://www.fundeu.es/recomendacion/dar-que-hablar-pensar-tilde/

Mais on pouvait très bien traduire par « incitarla a reflexionar » ou des tournures analogues.

 

Traduction : "De pronto se me ha hecho evidente que la causa de mi irascibilidad de estos últimos días es que Madeleine ha pensado en irse, que mis palabras, en lugar de incitarla a reflexionar, la han impulsado a contemplar la posibilidad de una separación. "


Séquence n°2. C’est cela qui, depuis une semaine, me hante à son insu et que je ne peux admettre. Une colère sourde est en moi qu’elle ne se fût pas révoltée contre ma magnanimité. Pourtant je suis injuste, car, au fond, elle a eu raison.

"Cela" renvoie par anaphore à l'énoncé précédent. Ce dernier peut être placé soit dans le présent du locuteur soit dans l'instant immédiatement antérieur : on a donc le choix entre ESTO et ESO. Pour la mise en relief, il suffit d'ajouter l'article neutre LO devant le relatif.

Le complément circonstanciel "depuis une semaine" devait être rendu avec le verbe "hacer" qui ne pouvait être qu'au présent : "desde hace una semana".

Il ne fallait pas ignorer le sens de "à son insu" en français. L'expression du sujet est nécessaire en espagnol : "sin saberlo ella". L'omission représenterait un contresens comme si le texte avait été : "à mon insu".

"Une colère sourde est en moi". Les verbes SER ou ESTAR ne conviennent pas. Il est préférable d'utiliser "HAY" ou un verbe comme HABITAR ("me habita")

"qu'elle ne se fût pas révoltée". C’est en français une construction elliptique dont le sens est causal : c’est parce que Madeleine ne s’est pas révoltée que le locuteur est en colère. D’où des traductions du type « porque », « ya que ». Si on choisit une construction avec « de que », qui peut suffire à exprimer la causalité, il faut employer le subjonctif. Trois temps sont alors possibles selon la façon qu’on envisage cette rébellion : « de que no se rebelara », « de que no se hubiera rebelado » ou « de que no se haya rebelado ». Les trois sont grammaticalement corrects mais les nuances de sens ne sont pas identiques. On pouvait aussi utiliser une tournure « por + infinitif » qui est très hispanique : « por no haberse ella rebelado ».

(NB. Le verbe « revoltarse » n’existe pas en espagnol. C’est un gallicisme courant parmi les immigrés espagnols en
France)

Dernier problème : la traduction de « pourtant ». « Sin embargo » n’est pas incorrect mais ne correspond pas vraiment au sens de la phrase. En effet, il n’existe aucun obstacle justifiant l’opposition de deux énoncés. Il s’agit en réalité d’une adversative qui porte sur l’énonciation et non pas sur l’énoncé. Le locuteur « se reprend », il met en cause le fait d’avoir dit ce qui précède. Dans des situations de ce type, l’espagnol préfère employer « pero » en le renforçant éventuellement par un « no », qui porte lui aussi sur l’énonciation, comme s’il y avait un dialogue intérieur. D’où « pero no, soy injusto pues… »

Traduction : "Eso es lo que, desde hace una semana, me embarga la mente sin que Madeleine lo sepa y eso es lo que yo no puedo admitir. Me habita una sorda cólera por no haberse rebelado ella frente a mi magnanimidad. Pero no, soy injusto, puesto que en el fondo ha tenido razón."  
 

Séquence n°3. Comment un homme qui, non sans avoir pesé les conséquences de sa décision, supplie une femme, dans le seul intérêt de celle-ci, de reprendre la liberté qu’il lui avait prise, qui tremble qu’elle ne refuse tant il est convaincu que ce n’est qu’une fois seule qu’elle sera heureuse, comment ce même homme peut-il en vouloir à cette femme d’avoir cédé à ses prières?

La phrase est longue et cela accroît les problèmes d’ordre syntaxique. Il ne convient pas de la raccourcir dans la mesure où, contrairement au français actuel, l’espagnol montre souvent une préférence pour des phrases complexes de ce type. Certains d’entre vous ont fait cette remarque mais en ont curieusement tiré la conclusion qu’on pourrait couper la phrase en espagnol. Raisonnement paradoxal ! La chose eût été envisageable (mais pas toujours recommandable) en version mais justement pas en thème !!!

La longueur de la phrase ne doit pas en dissimuler la charpente. Bien au contraire, il faut l’avoir bien présente à l’esprit pour ne pas commettre d’incorrection. Ici l’ensemble de la phrase s’organise autour d’un noyau simple : « comment un homme qui…, comment ce même homme peut-il ? ». Il y a une question et sa reprise car la longue adjectivation du sujet (par des relatives) aurait pu faire oublier le point de départ. Stylistiquement, cette tournure a pour effet de « mimer » le discours intérieur du personnage. Mais quoi qu’il en soit, la phrase tout entière est interrogative. Cela implique l’usage d’un point d’interrogation à l’envers au début (que certains ont oublié) mais cela implique surtout l’inversion du sujet (que personne n’a envisagée !). Il faut donc traduire dès les premiers mots : « ¿Cómo puede un hombre…? » Pour la reprise : ese mismo hombre ou dicho hombre (l’accumulation *ese mismo dicho serait une redondance).

non sans avoir pesé : double négation (= affirmation) qu’on peut garder en espagnol : « no sin ».  Pour le verbe : pesar, sopesar, medir ou calcular.

Dans le seul intérêt de celle-ci: « seul » a une valeur adverbiale. Il ne faut pas comprendre qu’elle avait un seul intérêt mais que c’est seulement dans son intérêt à elle que le personnage masculin avait formulé sa requête. On peut traduire par solamente ou par únicamente. On peut aussi utiliser l’adverbe « sólo », avec ou sans accent puisque les deux orthographes sont admises, mais il faut que ce soit un adverbe, pas un adjectif. Il faut donc le placer avant la préposition « solo en el interés de ella ».

Supplier de : suplicar que

Tremble que. Encore une tournure elliptique comme dans « une colère est en moi qu’elle ne se fût pas révoltée ». La construction est ici équivalente à « tremble à l’idée que ». Tiembla ante la idea de que ou ante la posibilidad de que.

Tant il est convaincu Tournure causale à valeur intensive. Plusieurs traductions possibles : tan convencido como está de que, de lo convencido que está de que, de convencido que está de que, por lo convencido que está de que.

Une fois seule Ici “seule” est adjectif. « sola » et surtout pas « *sóla » avec accent qui serait un barbarisme. « Soltera » signifie seulement célibataire. Ce serait un petit contresens (ou un gros faux sens). Mais il faut aussi traduire l’idée de temps portée par « une fois ». Le plus simple est d’utiliser « hasta » : ella no será feliz hasta no estar sola.

Avoir cédé à ses prières. Lorsque le verbe « céder » est intransitif en français, il peut avoir deux emplois (et, par suite, deux sens) différents selon qu’on le construit avec la préposition « à » ou la préposition « sur ». Voici ce qu’en dit le CNRTL en ligne :

1) Céder A quelque chose. S'abandonner à une impulsion, une passion, un sentiment, cesser de résister à une contrainte par faiblesse ou par raison. Monsieur ne résiste plus! Il cède complètement à ses vices!... Monsieur se laisse emporter!... Il roule au ruisseau! (Céline, Mort à crédit,1936, p. 490): 5. Je sais qu'il est dur, pour un capitaine de céder à la menace d'une femme. Tiens, je suis bonne fille. Sans doute aimeras-tu mieux céder à mes prières? Aymé, Vogue la galère,1944, p. 155.

SYNT. Céder à son instinct, à son penchant, à la tentation; céder au caprice, à la colère, au découragement, à la facilité, à la fureur, à l'habitude, à l'impatience, à l'irritation, à la passion, à la peur, à la rancune; céder à la fatigue, à la lassitude, au sommeil; céder aux circonstances, à la force, à la menace, au nombre, à l'opinion, à la violence; céder à l'évidence, à la nécessité, à la raison; céder aux instances, aux intimidations, aux larmes, aux objurgations, aux pressions, aux prières, aux sollicitations, aux vœux de quelqu'un.

 2) Céder SUR quelque chose. Il faut y aller, et puis surtout ne pas céder sur les prix! (R. Bazin, Le Blé qui lève,1907, p. 191).Fuir, céder, lâcher, mais oui, regarde, c'est toute ma vie! Céder sans cesse sur le secondaire pour rester fort sur l'essentiel (Montherlant, Les Olympiques,1924, p. 318).

Cette différence existe aussi en espagnol. « Céder à » se traduit simplement par « ceder a ». En revanche pour  « céder sur » on utilise une autre préposition « ceder en ». Je préfèrerais cependant un verbe voisin : acceder a.

Traduction : ¿Cómo puede un hombre que, no sin haber medido las consecuencias de su decisión, suplica a una mujer, únicamente en el interés de ella, que recobre la libertad que él le había arrebatado, que tiembla ante la idea de que  ella se niegue, de tan convencido como está de que ella no será feliz hasta no estar sola, cómo puede dicho hombre estar resentido con esa mujer por haber accedido a sus ruegos?

 

Séquence n°4. C’est ma flamme, c’est mon expression crispée… qui avaient provoqué… Problème on ne peut plus classique  de la traduction des formes emphatiques et pourtant personne n’a proposé de traduction irréprochable. Deux points à retenir ici :

- le temps qui doit être de même forme (perfective ou imperfective) dans les deux parties (règle de concordance). Donc : « fue lo que provocó » ou « era lo que había provocado… »

- le relatif. Dans la mesure où la mise en relief se fait par détachement sur un ensemble hétérogène (ce n’est pas parmi d’autres flammes ni d’autres expressions crispées que le narrateur a choisi de souligner les siennes), le seul article qui convient devant le pronom relatif est le neutre « lo » (voir plus bas pour explications complémentaires)

Flamme. Pasión ou, plus près de l’image française, ardor.

Expression. "Expresión" n'est pas impossible. Mais l'espagnol littéraire aurait préféré "gesto", qui s'applique surtout à l'expression du visage (à retenir pour la version). Voir la définition du DRAE:

1. m. Movimiento del rostro, de las manos o de otras partes del cuerpo, con que se expresan afectos o se transmiten mensajes. Hizo un gesto de cautela. Puso gesto burlón.

2. m. Movimiento exagerado del rostro por hábito o enfermedad.

3. m. Semblante, cara, rostro.

4. m. Acto o hecho que implica un significado o una intencionalidad. Tuvo un gesto de generosidad con sus deudores.

5. m. desus. Aspecto o apariencia que tienen algunas cosas inanimadas.

hacer gestos a algo

1. loc. verb. coloq. p. us. Despreciarlo o mostrarse poco contento de ello.

poner gesto

1. loc. verb. p. us. torcer el gesto. Solo falta que pongas gesto cuando te hacen un regalo.

torcer el gesto

1. loc. verb. Mostrar enfado o enojo en el semblante.

 

A ces considérations d'ordre lexical s'ajoute ici un petit problème syntaxique: comment traduire le relatif QUI? Y a-t-il accord avec "flamme" et "expression"?

Envisageons pour simplifier le problème que nous employons deux mots de même genre pour traduire « flamme » et « expression », par exemple « pasión » et « expresión ».
Faut-il traduire : « fueron mi pasión, mi expresión… las que »? La phrase est grammaticalement correcte, bien sûr. Mais que signifie-t-elle exactement? On met alors en relief “ma flamme” et “mon expression” parmi d’autres réalités qui leur sont homogènes. Or ce n’est pas parmi d’autres "flammes" et d’autres "expressions crispées" que le personnage narrateur a choisi de souligner LES SIENNES. Ces deux mots sont détachés par rapport à un ensemble hétérogène d’autres attitudes possibles (la joie, le désespoir, le doute, le rire, l’angoisse, etc.). Ce « n’importe quoi d’autre » est rendu en espagnol par une locution relative neutre : « lo que ».


Voici ce qu’en dit le nouveau « Manual » de la RAE

Artículo neutro

En las llamadas copulativas enfáticas ( § 40.5 ), el relativo neutro puede aludir a cualquier expresión referencial que no designe una persona. Así, en la oración Con lo que firmó el documento fue con una pluma, el relativo neutro representa cualquier objeto que se pueda usar para firmar. El foco de la construcción desvela la clase a la que pertenece tal objeto (en este caso, a la de las plumas). En cambio, si el relativo no es neutro, como en Con esta pluma fue con la que firmó el documento, el artículo contenido en la relativa (la) concuerda en género y número con el grupo nominal que aparece en el foco (la pluma).




Les exemples donnés par la Grammaire de la RAE sont très proches du nôtre. Dans la premier cas « con lo que firmó », l’article neutre « lo » représente n’importe quel objet avec lequel on aurait pu signer (ensemble hétérogène) : crayon, stylo, craie, morceau de charbon, etc. Dans le deuxième cas, « la que firmó », l’ensemble de référence est homogène (il n’y a que des plumes) et on met en relief une plume parmi d’autres (esta).

Cela dit, le doute exprimé par certains candidats est fort légitime. A quoi est-il dû ? De toute évidence à la gêne qui résulte d’avoir un sujet pluriel « pasión » + « expresión » et un relatif anaphorique (= reprise) par un singulier (« lo ») qui entraîne un verbe au singulier.

Reportons-nous, encore une fois, au Manuel de Grammaire de la RAE.

“40.5.3d La persona y el número del verbo ser . Los pronombres de primera y segunda persona, en función de focos de las copulativas enfáticas, imponen siempre sus rasgos de número y persona al verbo ser: Soy yo el que…; Eres tú quien…; Nosotros somos los que… Los demás focos imponen al verbo ser estos mismos rasgos en posición posverbal. La concordancia de número se extiende al relativo: Eran estos papeles los que me hacían más falta; Es más dinero lo que tenemos que pedirle. Se observan alternancias en la concordancia con los relativos neutros. Las muestra, en efecto, el verbo copulativo cuando aparece seguido por un foco con rasgos de plural, como en Lo único que compré {es ~ son} estos libros. En cambio, si el foco aparece al comienzo, aunque se construya en plural, predomina el singular en el verbo: Discos de jazz es lo que oye ahora; Estos libros es lo único que compré, preferible a … son lo único que compré.”
 

 


Le problème apparaît donc avec les relatifs neutres. Il n’y a pas dans ce cas de règle unique, plutôt une fréquence observable selon le cas de figure.

- Si l’objet mis en relief apparaît après le verbe, on peut trouver le singulier ou le pluriel
- Si l’objet mis en relief apparaît avant le verbe, il est préférable d’employer le singulier.

D’où (enfin !) la conclusion que voici:

Si l’on commence la traduction par “Lo que provocó…” on pourra continuer par “fue mi pasión, mi expresión…” ou par “fueron…”

Si l’on garde l’ordre de la phrase en français, il vaut mieux traduire par « Mi pasión, mi expresión crispada… fue lo que provocó… »

 

Lui reproche d'avoir cédé. Le problème est ici celui de la traduction d’une tournure très courante en français, l’infinitif prépositionnel (avec de) en fonction de complément d’objet (voir aussi, tout de suite après, « me dictait de lui demander ».

Plusieurs remarques. D'abord, il est tout à fait impossible de garder en espagnol la préposition « de ». Il s’agirait d’un solécisme grave (je rappelle qu’en espagnol « de + infinitif » exprime l’hypothèse comme dans « de tener más dinero, daría la vuelta al mundo »). Certains verbes admettent le choix entre un infinitif substantivé (le reprocho el haber cedido) et une proposition complétive avec que + subjonctif ( le reprocho que haya cedido). Dans d'autres cas, la seule solution possible est que + subj. C'est ainsi que pour "me dictait de lui demander", il faut traduire "me dictaba que le pidiera". Vous trouverez plus de détails dans la Nueva Gramatica de la lengua española (Manual) de la RAE (26.5.2 El infinitivo en las oraciones subordinadas sustantivas). Voir aussi pour la comparaison avec le français Gerboin et Leroy §523. Dans la mesure où la construction avec que+ subjonctif est toujours possible, il est préférable de l'utiliser de façon systématique dans le cadre d'un concours : vous serez sûrs de ne pas vous tromper. Pour la traduction de "céder à" voir plus haut.

Le reste de la phrase n'appelle pas de commentaires particulier.

Traduction : Mi expresión, mi gesto crispado emplazándola a obedecer fue lo que provocó la aceptación de mi mujer. Y hoy le reprocho el haber cedido a todo lo que mi amor por ella me dictaba que le pidiera. No me merezco una mujer así. Un hombre como yo está hecho para vivir solo, sin cariño, sin amigos.

 

Séquence n°5. Dieu sait pourtant à quel point mon cœur brûle d’aimer. Je suis injuste. Au fond, je ne sais pas ce que je veux. De toutes mes forces, je désire son bonheur, devrais-je en être tenu éloigné, et en même temps que je désire cela, de toutes mes forces, de toutes les forces que je peux trouver en moi, en même temps je ne lui pardonne pas d’avoir accepté.

Le début ne présente pas de difficultés particulières. Mais dans la dernière phrase de cette séquence, les problèmes s'accumulent.

De toutes mes forces… en même temps. Encore une fois le problème du choix des prépositions. Dans le premier cas il faut utiliser la préposition « con » et dans le deuxième « a » (« al  mismo tiempo »).

Je ne lui pardonne pas d’avoir accepté. On revient au problème évoqué plus haut, la traduction de l’infinitif prépositionnel avec « de ». Cette fois tout le monde a choisi de traduire en utilisant la construction « que+subj. » Mais on aurait pu aussi bien dire « no le perdono el haber aceptado ». Le choix de la préposition « por » n’aurait été possible qu’en faisant de « elle » le COD : « no la perdono por haber aceptado ». Cela alourdirait inutilement la phrase et impliquerait par ailleurs un changement de plan peu justifiable.

Reste enfin la traduction de la sous-phrase au conditionnel « devrais-je en être tenu éloigné ». Il faut traduire par « aunque + subj. » ou d'autres formules concessives de même type. Mais nous y reviendrons longuement plus tard puisque cette phrase – et une autre analogue – font l’objet d’une question de « choix de traduction ». (voir le corrigé détaillé proposé dans: http://pedro-cordoba.com/plac/linguistique/concessives.pdf

Traduction : Dios sabe si embargo hasta qué punto mi corazón arde en deseos de amar. Soy injusto. En el fondo, no sé lo que quiero. Con todas mis fuerzas anhelo su felicidad así debiera permanecer alejado de ella y, al mismo tiempo que lo anhelo con todas mis fuerzas, con todas las fuerzas que puedo hallar en mí, al mismo tiempo no le perdono el haber aceptado.

 

Séquence n°6. J'ai décidé aujourd’hui que Madeleine ferait ce qu’il lui plairait. Je ne veux pas être une chaîne. Qu’elle soit heureuse! Et cela dût-il me coûter de la perdre, je mets son bonheur au-dessus du mien. Puisqu’elle ne m’aime pas, puisqu’elle souffre en ma compagnie, eh bien, qu’elle fasse sa vie ailleurs!

Ferait ce qu'il lui plairait.  Le français emploie ici deux conditionnels à la suite. Mais ce n'est pas le cas en espagnol. Certains candidats ont oublié que le verbe de la subordonnée devait être au subjonctif imparfait. Quand peut-on trouver le conditionnel en espagnol? Comparons les deux phrases suivantes:

1. Quiero que hagas lo que yo haría
2. Quiero que hagas lo que quieras


Dans la première le conditionnel implique une COMPARAISON entre deux phrases implicites :
- Yo haría esto si + subjonctif imparfait (on est dans le cas « normal » des subordonnées conditionnelles)
- Quiero que hagas LO MISMO (et on emploie logiquement le même mode et le même temps que dans la conditioonelle)

Dans la deuxième, cette idée de comparaison est absente. On envisage l’ensemble des possibilités qui s’offrent à l’interlocuteur au lieu de le restreindre à une seule (la même que choisirait le sujet). Cette ouverture de l’éventail des possibles a pour effet de VIRTUALISER la notion portée par le verbe, d’où le subjonctif.


D’où aussi deux traductions différentes en français : « Je veux que tu fasses ce que je ferais » et « je veux que tu fasses ce que tu voudras ».


Dans le texte à traduire, le conditionnel « ferait » marque un « futur dans le passé » et entraîne un autre conditionnel dont le sens est identique : « voudrait ». Dans ce cas, le passé composé (j’ai décidé) est vu comme un temps du passé. Si l’on avait un présent, on aurait donc : « je décide que Madeleine fera ce qu’elle voudra ». On retrouve alors notre exemple plus haut : « je veux que tu fasses ce que tu voudras » (= en espagnol : « quiero que hagas lo que quieras »). Voir aussi « quand tu viendras » à traduire par « cuando vengas » (le futur dans la subordonnée en français est rendu par un subjonctif présent en espagnol). Et si l’ensemble est plongé dans le passé, le futur français devient un conditionnel tandis que le subjonctif présent en espagnol devient un subjonctif imparfait : « il déclara que quand son cousin viendrait, nous irions tous à la plage » = « declaró que cuando su primo viniera, iríamos todos a la playa ».

Je ne veux pas être une chaîne. CADENA est évidemment possible. Mais dans le contexte stylistique du texte à traduire, j'ai une préférence pour le mot LASTRE.

Qu'elle soit heureuse! Prenez garde à une confusion assez répandue: celle qui se fait entre phrase et mots exclamatifs. Ici la phrase est exclamative mais QUE ne l'est pas et ne doit pas porter l'accent. Retenez que QUE n'est jamais exclamatif quand il accompagne un verbe.

Cela dût-il me coûter de la perdre... Encore une tournure concessives posant un problème de "choix de traduction". J'ai préféré employer ici un temps qui n'est plus guère utilisé aujourd'hui en espagnol, le subjonctif futur. Voir les explications dans http://pedro-cordoba.com/plac/linguistique/concessives.pdf

Je mets son bonheur au-dessus du mien. On pouvait choisir ANTEPONER ou PONER POR ENCIMA DE. L'omission de POR dans la la deuxième traduction entraînait un contresens puisque le verbe PONER perdait alors son sens figuré pour signifier "situer dans l'espace.

Faire sa vie ailleurs. Ne pas utiliser l'expression "buscarse la vida" qui introduit une rupture de ton à la limite du contresens.

Traduction : Hoy he decidido que Madeleine haría lo que quisiera. No quiero ser un lastre. ¡Que sea feliz! Y aun cuando ello me costare perderla, antepongo su felicidad a la mía. Ya que no me ama, ya que sufre en mi compañía, pues bien, ¡que haga su vida en otra parte!

 

Séquence n°7. Cette fois les sentiments égoïstes qui pourront suivre ne me surprendront pas. Je m’en défendrai, j'organiserai ma vie. Dans la solitude, dans le renoncement, je puiserai de nouvelles forces. Aussi, à déjeuner, ai-je fait part à Madeleine de mes projets.

Ce fragment présente d'abord trois difficultés: la première, syntaxique, est la traduction de la phrase relative; la seconde, lexicale, concerne la traduction du verbe "suivre"; la troisième, morphologique, celle de la préposition "dans".

En espagnol, il faut mettre la proposition relative au subjonctif, qui traduit la valeur hypothétique du futur français comme dans "celui qui partira le dernier" ou "quand tu viendras', etc.

Le verbe seguir n'accepte pas un emploi absolu en espagnol (on peut éventuellement le trouver en Amérique latine). Il vaut mieux une traduction du type :  "venir a continuación" ou "venir después"

Pour la traduction de dans, tout dépend du verbe employé pour traduire PUISER. Des verbes comme "hallar" ou "encontrar" se construisent avec EN, mais SACAR implique la préposition DE.

Malgré sa simplicité, la dernière phrase pose certains problèmes.

Le premier est le sens à donner à aussi. L'inversion du sujet en français implique nécessairement une valeur consécutive. Une traduction par TAMBIEN ou ASI ES COMO ou ENTONCES, etc. seraient donc des contresens plus ou moins graves selon les cas. On a le choix entre d'autres formulations comme ASI PUES ou DE MODO QUE.

Il y a ensuite la traduction de à déjeuner, moins pour le lexique (ALMUERZO ou COMIDA sont également possibles) que pour la valeur durative de la préposition : DURANTE semble s'imposer.

Il y a enfin faire part, à traduire par HACER PARTICIPE ou par des verbes comme INFORMAR, COMUNICAR, etc. En revanche HACER PARTE n'est pas espagnol et DAR PARTE serait un contresens.

Traduction : Esta vez los sentimientos egoístas que puedan manifestarse a continuación no me sorprenderán. De la soledad, de la renuncia, sacaré nuevas fuerzas. Así pues, durante el almuerzo, he hecho partícipe a Madeleine de mis proyectos.

 

Séquence n°8. Je lui ai annoncé qu’après réflexion il valait mieux que nous nous séparions, cela pourtant avec une certaine gêne, car au souvenir de ce qui avait suivi il y a quelques jours ce même langage, elle eût très bien pu éclater de rire. Il n’en fut rien.

Beaucoup de traductions approximatives pour après réflexion. Des solutions comme "tras haber reflexionado" ou "tras reflexion" sont extrêmement maladroites. Un espagnol dira BIEN PENSADO ou PENSANDOLO BIEN.

De même pour avec une certaine gêne, la traduction littérale passe assez mal. L'espagnol préfèrerait passer par une tournure négative: NO SIN CIERTA MOLESTIA ou par un adjectif ALGO MOLESTO.

au souvenir: AL + INFINITIF ou GERONDIF. Comme il s'agit de formes verbales ne pas confondre le régime prépositionnel de RECORDAR et de ACORDARSE selon qu'on choisit l'un ou l'autre.

ce qui avait suivi. Avec le verbe SEGUIR, la préposition A est indispensable devant le complément d'objet

il y a quelques jours:  Avec le verbe HACER le temps à employer est fonction du moment où prend fin la durée exprimée par le complément. Ce moment est ici le présent du locuteur et malgré le plus-que-parfait "avait suivi", la forme correcte est HACE et non pas HACIA.

il n'en fut rien. Plusieurs possibilités : ESO NO OCURRIO, NO FUE ASI ou, ce qui me semble préférable, NO HUBO TAL.

Traduction : Le he anunciado que, pensándolo bien, más valía que nos separáramos, aunque no lo hice sin cierto malestar pues al recordar lo que ocurrió hace algunos días tras idénticas palabras, ella muy bien podría haber soltado la carcajada. No hubo tal.

 

Séquence n°9. Madeleine n’attache pas la moindre importance aux pires contradictions. Je pourrais lui affirmer que je déteste les huîtres et en commander peu après qu’elle ne remarquerait rien.

Attacher de l'importance. CONCEDER (ou DAR) importancia.

En commander. Vous savez que les pronoms personnels EN et Y n'existent pas en espagnol. Or ils sont très fréquents et très utiles en français car ils permettent d'alléger considérablement de nombreuses phrases. Il est parfois possible de les supprimer en espagnol et de laisser jouer le contexte pour éviter les malentendus. Mais c'est une solution parfois risquée et on pourrait vous le reprocher dans un concours. Or le plus souvent si on essaie de les rendre malgré tout, on aboutit à des constructions extrêmement lourdes et peu naturelles. Voilà donc deux mots, en apparence bien inoffensifs et qui sont cependant source de nombreux tracas. Mais il suffit parfois d'un peu d'ingéniosité pour tirer son épingle du jeu. On pourrait ainsi songer à une simple inversion de l'ordre pour que la phrase devienne à la fois correcte, naturelle et simple en espagnol: "pedir ostras tras afirmarle que las detesto".

qu'elle ne remarquerait rien. Le QUE français peut être rendu de deux façons: soit par une subordonnée ccirconstancielle ("sin que se diera cuenta de nada") soit par une simple coordination ("y no se daría cuenta de nada")

 

Traduction : Madeleine no da la menor importancia a las peores contradicciones. Podría yo pedir ostras tras afirmarle que las detesto sin que ella se diera cuenta de nada.

 

 

CORRIGÉ PROPOSÉ

 

« No me merezco una mujer así »

 

 De pronto se me ha hecho evidente que la causa de mi irascibilidad de estos últimos días es que Madeleine ha pensado en irse, que mis palabras, en lugar de incitarla a reflexionar, la han impulsado a contemplar la posibilidad de una separación. Eso es lo que, desde hace una semana, me embarga la mente sin que Madeleine lo sepa y eso es lo que yo no puedo admitir. Me habita una sorda cólera por no haberse rebelado ella frente a mi magnanimidad. Pero no, soy injusto, puesto que en el fondo ha tenido razón. ¿Cómo puede un hombre que, no sin haber medido las consecuencias de su decisión, suplica a una mujer, únicamente en el interés de ella, que recobre la libertad que él le había arrebatado, que tiembla ante la idea de que  ella se niegue, de tan convencido como está de que ella no será feliz hasta no estar sola, cómo puede dicho hombre estar resentido con esa mujer por haber accedido a sus ruegos? Mi expresión, mi gesto crispado emplazándola a obedecer fue lo que provocó la aceptación de mi mujer. Y hoy le reprocho el haber cedido a todo lo que mi amor por ella me dictaba que le pidiera. No me merezco una mujer así. Un hombre como yo está hecho para vivir solo, sin cariño, sin amigos. Dios sabe si embargo hasta qué punto mi corazón arde en deseos de amar. Soy injusto. En el fondo, no sé lo que quiero. Con todas mis fuerzas anhelo su felicidad así debiera permanecer alejado de ella y, al mismo tiempo que lo anhelo con todas mis fuerzas, con todas las fuerzas que puedo hallar en mí, al mismo tiempo no le perdono el haber aceptado.

Hoy he decidido que Madeleine haría lo que quisiera. No quiero ser un lastre. ¡Que sea feliz! Y aun cuando ello me costare perderla, antepongo su felicidad a la mía. Ya que no me ama, ya que sufre en mi compañía, pues bien, ¡que haga su vida en otra parte! Esta vez los sentimientos egoístas que puedan manifestarse a continuación no me sorprenderán. De la soledad, de la renuncia, sacaré nuevas fuerzas. Así pues, durante el almuerzo, he hecho partícipe a Madeleine de mis proyectos. Le he anunciado que, pensándolo bien, más valía que nos separáramos, aunque no lo hice sin cierto malestar pues al recordar lo que ocurrió hace algunos días tras idénticas palabras, ella muy bien podría haber soltado la carcajada. No hubo tal. Madeleine no da la menor importancia a las peores contradicciones. Podría yo pedir ostras tras afirmarle que las detesto sin que ella se diera cuenta de nada.