Le titre:
Je
ne mérite pas une telle femme
Le problème ici
est de savoir si l'on utilise ou pas la préposition
A devant le COD de personne FEMME.
La règle est bien
connue : l’espagnol sépare le verbe et son
complément par la préposition « a » si ce complément
a pour référent un être humain (ou un animal). C’est
comme si la langue répugnait à considérer les êtres
animés comme des objets passifs, comme si par
définition tout être animé était nécessairement
actif. Or tout être mis en position de COD est
syntaxiquement passif. Il se produit donc une sorte
de contradiction entre la nature de l'objet et
la syntaxe requise. C'est pourquoi il convient de lui ôter
un peu de son activité en le mettant à distance
comme si l’éloignement contribuait à restreindre sa
puissance d’agir, à amoindrir sa force de
rayonnement. La préposition « a » est très apte à
jouer ce rôle puisqu’elle indique (entre autres) une
distance à parcourir avant d’atteindre une
destination (« ir a »)
Il n’en reste pas moins que cette règle admet
plusieurs exceptions, qui cessent d’ailleurs d’être
des exceptions pour peu que l’on ait à l’esprit les
considérations qui précèdent sur la puissance d’agir
des êtres animés. C’est ainsi que l’on emploie le «
a » d’éloignement si le COD est précédé de l’article
défini ou d’un possessif (ex : la femme, ma femme).
Pourquoi ? Parce que l’objet est alors saisi dans sa
plénitude d’être et, par suite, d’activité. Si je
COD est en revanche précédé de l’article indéfini, «
a » disparaît. Pourquoi ? Parce que l’objet est
conçu à partir d’une généralité et que sa puissance
d’agir est comme diluée dans l’ensemble virtuel dont
il fait partie. Il est actif de façon virtuelle, pas
de façon actuelle. Il n’est donc pas besoin de le «
désactiver » davantage et la préposition « a » peut
être omise.
On dira donc : « ¿No te das cuenta de que dejas una
viuda y dos hijos ? » (Vázquez Montalbán).
Pourquoi dit-on alors: “Había conocido a un poeta de
origen oscuro llamado Casimir” (Mendoza) ou “Conozco
a varios chicos que estarían encantados de tener un
auditorio” (Corrales Egea)? Ces exceptions à
l’exception n’en sont pas puisque dans ces deux cas
le COD est précisé dans la suite et que ces
adjectivations lui rendent, avec son identité, la
puissance d’agir propre aux être animés.
Il convient de considérer enfin que le locuteur a
lui-même le pouvoir d’affirmer sa vision des choses,
en tant qu’être animé doté d’une puissance d’agir
propre sur le langage qu’il utilise. Il peut donc
transgresser les « règles » et employer la
préposition « a » pour insister sur la dimension
humaine spécifique de l’objet ou, au contraire,
l’omettre pour atténuer cette activité de l’être
animé.
Après ces réflexions préalables, on peut en venir à
la phrase du texte : « Je ne mérite pas une telle
femme ». Le COD représente un être humain par
définition actif. Il faudrait donc en principe
mettre « a ». Sauf que l’objet est précédé de
l’article indéfini « un » qui l’inclut dans le
groupe dont il fait partie. Cette inclusion est
renforcée par l’adjectif indéfini « telle », qui
dilue encore plus son activité à l’intérieur d’un
type féminin globalisant : « les femmes comme elle
». Grammaticalement, la solution préférable est : «
No me merezco una mujer así ».
Cela ne signifie pas que « No me merezco a una mujer
así » soit totalement impossible. Mais il faudrait
alors avoir recours à l’intention du locuteur, à la
puissance d’agir qu’il exerce sur son propre
langage. Utiliser cette tournure c’est imposer la
prévalence du sens sur la syntaxe. Il est
grammaticalement préférable de ne pas utiliser « a
». Si je l’utilise malgré tout, c’est que je veux
faire savoir que cette femme est exceptionnelle,
qu’elle a en elle une puissance qui lui est propre
et qui l’individualise parmi toutes celles avec qui
l’on pourrait la confondre.
Lors d’une
épreuve du concours, il vaut
mieux donner la préférence à la grammaire. Si vous
écrivez un roman, vous êtes plus libre : votre
puissance d’agir est très supérieure à celle d’un
candidat.
Traduction : « No me merezco una mujer así »
Séquence n°1.
Il
m’est
apparu brusquement que la cause de mon irascibilité
de ces jours derniers est que Madeleine a songé à
partir, que mes paroles, au lieu de lui donner à
réfléchir, l’ont amenée à envisager une séparation
comme possible.
Cette première phrase ne présente pas de grandes
difficultés.
On peut garder la tournure impersonnelle
du début (« il m'est apparu ») en ayant recours à la
voix passive avec SE (« se me ha hecho evidente,
claro, etc. ». Mais les tournures à la première
personne pouvaient convenir : « me he percatado de
que », « he caído en la cuenta de que », etc. Il est
préférable de conserver le passé composé en espagnol
puisque l’accent est mis, non pas sur l’action
elle-même mais sur ses résultats dans le présent du
locuteur-personnage.
A songé à partir. Ne pas oublier que le
verbe pensar se construit avec la préposition EN
(« *pensar a » serait un solécisme grave). Mais la
construction directe est possible : « ha pensado
irse ».
Pour « donner à réfléchir » la traduction
« dar que pensar » implique l’absence d’accent sur
QUE puisqu’il ne s’agit ni d’un mot exclamatif ni
d’un interrogatif. Voir
http://www.fundeu.es/recomendacion/dar-que-hablar-pensar-tilde/
Mais on pouvait très bien traduire par « incitarla
a reflexionar » ou des tournures analogues.
Traduction : "De pronto se me ha hecho evidente que
la causa de mi irascibilidad de estos últimos días
es que Madeleine ha pensado en irse, que mis
palabras, en lugar de incitarla a reflexionar, la
han impulsado a contemplar la posibilidad de una
separación. "
Séquence n°2. C’est cela qui, depuis une semaine,
me hante à son insu et que je ne peux admettre. Une
colère sourde est en moi qu’elle ne se fût pas
révoltée contre ma magnanimité. Pourtant je suis
injuste, car, au fond, elle a eu raison.
"Cela" renvoie
par anaphore à l'énoncé précédent. Ce dernier peut
être placé soit dans le présent du locuteur soit
dans l'instant immédiatement antérieur : on a donc
le choix entre ESTO et ESO. Pour la mise en relief,
il suffit d'ajouter l'article neutre LO devant le
relatif.
Le complément
circonstanciel "depuis une semaine" devait être
rendu avec le verbe "hacer" qui ne pouvait être
qu'au présent : "desde hace una semana".
Il ne fallait pas
ignorer le sens de "à son insu" en français.
L'expression du sujet est nécessaire en espagnol :
"sin saberlo ella". L'omission représenterait un
contresens comme si le texte avait été : "à mon
insu".
"Une colère
sourde est en moi". Les verbes SER ou ESTAR ne
conviennent pas. Il est préférable d'utiliser "HAY"
ou un verbe comme HABITAR ("me habita")
"qu'elle ne se fût pas révoltée". C’est en français
une construction elliptique dont le sens est causal
: c’est parce que Madeleine ne s’est pas révoltée
que le locuteur est en colère. D’où des traductions
du type « porque », « ya que ». Si on choisit une
construction avec « de que », qui peut suffire à
exprimer la causalité, il faut employer le
subjonctif. Trois temps sont alors possibles selon
la façon qu’on envisage cette rébellion : « de que
no se rebelara », « de que no se hubiera rebelado »
ou « de que no se haya rebelado ». Les trois sont
grammaticalement corrects mais les nuances de sens
ne sont pas identiques. On pouvait aussi utiliser
une tournure « por + infinitif » qui est très
hispanique : « por no haberse ella rebelado ».
(NB. Le verbe « revoltarse » n’existe pas en
espagnol. C’est un gallicisme courant parmi les
immigrés espagnols en
France)
Dernier problème
: la traduction de « pourtant ». « Sin embargo »
n’est pas incorrect mais ne correspond pas vraiment
au sens de la phrase. En effet, il n’existe aucun
obstacle justifiant l’opposition de deux énoncés. Il
s’agit en réalité d’une adversative qui porte sur
l’énonciation et non pas sur l’énoncé. Le locuteur «
se reprend », il met en cause le fait d’avoir dit ce
qui précède. Dans des situations de ce type,
l’espagnol préfère employer « pero » en le
renforçant éventuellement par un « no », qui porte
lui aussi sur l’énonciation, comme s’il y avait un
dialogue intérieur. D’où « pero no, soy injusto
pues… »
Traduction : "Eso es lo que, desde hace una semana,
me embarga la mente sin que Madeleine lo sepa y eso
es lo
que yo no puedo admitir. Me habita una sorda cólera por
no haberse rebelado ella frente a mi magnanimidad.
Pero no, soy injusto, puesto que en el fondo ha
tenido razón."
Séquence n°3. Comment un homme qui, non sans avoir pesé les
conséquences de sa décision, supplie une femme, dans
le seul intérêt de celle-ci, de reprendre la liberté
qu’il lui avait prise, qui tremble qu’elle ne refuse
tant il est convaincu que ce n’est qu’une fois seule
qu’elle sera heureuse, comment ce même homme peut-il
en vouloir à cette femme d’avoir cédé à ses prières?
La phrase est
longue et cela accroît les problèmes d’ordre
syntaxique. Il ne convient pas de la raccourcir dans
la mesure où, contrairement au français actuel,
l’espagnol montre souvent une préférence pour des
phrases complexes de ce type. Certains d’entre vous
ont fait cette remarque mais en ont curieusement
tiré la conclusion qu’on pourrait couper la phrase
en espagnol. Raisonnement paradoxal ! La chose eût
été envisageable (mais pas toujours recommandable)
en version mais justement pas en thème !!!
La longueur de la
phrase ne doit pas en dissimuler la charpente. Bien
au contraire, il faut l’avoir bien présente à
l’esprit pour ne pas commettre d’incorrection. Ici
l’ensemble de la phrase s’organise autour d’un noyau
simple : « comment un homme qui…, comment ce même
homme peut-il ? ». Il y a une question et sa reprise
car la longue adjectivation du sujet (par des
relatives) aurait pu faire oublier le point de
départ. Stylistiquement, cette tournure a pour effet
de « mimer » le discours intérieur du personnage.
Mais quoi qu’il en soit, la phrase tout entière est
interrogative. Cela implique l’usage d’un point
d’interrogation à l’envers au début (que certains
ont oublié) mais cela implique surtout l’inversion
du sujet (que personne n’a envisagée !). Il faut
donc traduire dès les premiers mots : « ¿Cómo puede
un hombre…? » Pour la reprise : ese mismo hombre ou
dicho hombre (l’accumulation *ese mismo dicho serait
une redondance).
non sans avoir
pesé : double négation (= affirmation) qu’on
peut garder en espagnol : « no sin ». Pour le
verbe : pesar, sopesar, medir ou calcular.
Dans le seul intérêt de celle-ci:
« seul » a une
valeur adverbiale. Il ne faut pas comprendre qu’elle
avait un seul intérêt mais que c’est seulement dans
son intérêt à elle que le personnage masculin avait
formulé sa requête. On peut traduire par solamente
ou par únicamente. On peut aussi utiliser l’adverbe
« sólo », avec ou sans accent puisque les deux
orthographes sont admises, mais il faut que ce soit
un adverbe, pas un adjectif. Il faut donc le placer
avant la préposition « solo en el interés de ella ».
Supplier de :
suplicar que
Tremble que.
Encore une tournure elliptique comme dans « une
colère est en moi qu’elle ne se fût pas révoltée ».
La construction est ici équivalente à « tremble à
l’idée que ». Tiembla ante la idea de que ou ante la
posibilidad de que.
Tant il est convaincu
Tournure causale
à valeur intensive. Plusieurs traductions
possibles : tan convencido como está de que, de lo
convencido que está de que, de convencido que está
de que, por lo convencido que está de que.
Une fois seule
Ici “seule” est
adjectif. « sola » et surtout pas « *sóla » avec
accent qui serait un barbarisme. « Soltera »
signifie seulement célibataire. Ce serait un petit
contresens (ou un gros faux sens). Mais il faut
aussi traduire l’idée de temps portée par « une
fois ». Le plus simple est d’utiliser « hasta » :
ella no será feliz hasta no estar sola.
Avoir cédé à
ses prières. Lorsque le verbe « céder » est intransitif en
français, il peut avoir deux emplois (et, par suite,
deux sens) différents selon qu’on le construit avec
la préposition « à » ou la préposition « sur ».
Voici ce qu’en dit le CNRTL en ligne :
1) Céder A
quelque chose. S'abandonner
à une impulsion, une passion, un sentiment, cesser
de résister à une contrainte par faiblesse ou par
raison. Monsieur ne résiste plus! Il cède
complètement à ses vices!... Monsieur se laisse
emporter!... Il roule au ruisseau! (Céline, Mort à
crédit,1936, p. 490):
5.
Je sais qu'il est dur, pour un capitaine de céder à
la menace d'une femme. Tiens, je suis bonne fille.
Sans doute aimeras-tu mieux céder à mes prières?
Aymé, Vogue la galère,1944, p. 155.
SYNT. Céder à son
instinct, à son penchant, à la tentation; céder au
caprice, à la colère, au découragement, à la
facilité, à la fureur, à l'habitude, à l'impatience,
à l'irritation, à la passion, à la peur, à la
rancune; céder à la fatigue, à la lassitude, au
sommeil; céder aux circonstances, à la force, à la
menace, au nombre, à l'opinion, à la violence; céder
à l'évidence, à la nécessité, à la raison; céder aux
instances, aux intimidations, aux larmes, aux
objurgations, aux pressions, aux prières, aux
sollicitations, aux vœux de quelqu'un.
2) Céder
SUR quelque chose. Il faut y aller, et puis surtout ne pas céder
sur les prix! (R. Bazin, Le Blé qui lève,1907, p.
191).Fuir, céder, lâcher, mais oui, regarde, c'est
toute ma vie! Céder sans cesse sur le secondaire
pour rester fort sur l'essentiel (Montherlant, Les
Olympiques,1924, p. 318).
Cette différence
existe aussi en espagnol. « Céder à » se traduit
simplement par « ceder a ». En revanche pour
« céder sur » on utilise une autre préposition « ceder
en ». Je préfèrerais cependant un verbe voisin
: acceder a.
Traduction :
¿Cómo puede un hombre que, no sin haber medido las
consecuencias de su decisión, suplica a una mujer,
únicamente en el interés de ella, que recobre la
libertad que él le había arrebatado, que tiembla
ante la idea de que ella se niegue, de tan
convencido como está de que ella no será feliz hasta
no estar sola, cómo puede dicho hombre estar
resentido con esa mujer por haber accedido a sus
ruegos?
Séquence n°4.
C’est ma flamme, c’est mon expression crispée… qui
avaient provoqué…
Problème on ne
peut plus classique de la traduction des formes
emphatiques et pourtant personne n’a proposé de
traduction irréprochable. Deux points à retenir
ici :
- le temps qui
doit être de même forme (perfective ou imperfective)
dans les deux parties (règle de concordance). Donc :
« fue lo que provocó » ou « era lo que había
provocado… »
- le relatif.
Dans la mesure où la mise en relief se fait par
détachement sur un ensemble hétérogène (ce n’est pas
parmi d’autres flammes ni d’autres expressions
crispées que le narrateur a choisi de souligner les
siennes), le seul article qui convient devant le
pronom relatif est le neutre « lo » (voir
plus bas pour explications complémentaires)
Flamme. Pasión ou, plus
près de l’image française, ardor.
Expression.
"Expresión" n'est pas impossible. Mais l'espagnol
littéraire aurait préféré "gesto", qui s'applique
surtout à l'expression du visage (à retenir pour la
version). Voir la définition du DRAE:
1.
m.
Movimiento del
rostro, de
las manos o
de otras partes
del cuerpo,
con que
se expresan afectos
o se
transmiten
mensajes.
Hizo un
gesto de
cautela.
Puso gesto
burlón.
2.
m.
Movimiento exagerado del
rostro por hábito
o enfermedad.
3.
m.
Semblante, cara, rostro.
4.
m.
Acto o
hecho que implica
un significado o
una intencionalidad.
Tuvo
un gesto
de generosidad
con sus deudores.
5.
m. desus.
Aspecto o
apariencia que tienen
algunas cosas inanimadas.
hacer gestos
a algo
1.
loc. verb. coloq. p. us.
Despreciarlo o mostrarse
poco contento
de ello.
poner gesto
1.
loc.
verb. p.
us.
torcer el gesto.
Solo falta que
pongas gesto cuando
te hacen
un regalo.
torcer el gesto
1.
loc.
verb.
Mostrar enfado o
enojo
en el
semblante.
A ces considérations d'ordre lexical
s'ajoute ici un petit problème syntaxique: comment
traduire le relatif QUI? Y a-t-il accord avec
"flamme" et "expression"?
Envisageons pour simplifier le problème que nous
employons deux mots de même genre pour traduire «
flamme » et « expression », par exemple « pasión »
et « expresión ».
Faut-il traduire : « fueron mi
pasión, mi expresión… las que »?
La phrase est grammaticalement
correcte, bien sûr. Mais que signifie-t-elle
exactement? On met alors en relief “ma flamme” et
“mon expression” parmi d’autres réalités qui leur
sont homogènes. Or ce n’est pas parmi d’autres
"flammes" et d’autres "expressions crispées" que le
personnage narrateur a choisi de souligner LES
SIENNES. Ces deux mots sont détachés par rapport à
un ensemble hétérogène d’autres attitudes possibles
(la joie, le désespoir, le doute, le rire,
l’angoisse, etc.). Ce « n’importe quoi d’autre »
est rendu en espagnol par une locution relative
neutre : « lo que ».
Voici ce qu’en dit le nouveau
« Manual » de la
RAE
|
Artículo neutro
En las llamadas copulativas enfáticas ( § 40.5 ), el
relativo neutro puede aludir a cualquier expresión
referencial que no designe una persona. Así, en la
oración Con lo que firmó el documento fue con una
pluma, el relativo neutro representa cualquier
objeto que se pueda usar para firmar. El foco de la
construcción desvela la clase a la que pertenece tal
objeto (en este caso, a la de las plumas). En
cambio, si el relativo no es neutro, como en Con
esta pluma fue con la que firmó el documento, el
artículo contenido en la relativa (la) concuerda en
género y número con el grupo nominal que aparece en
el foco (la pluma). |
Les exemples donnés par la Grammaire
de la RAE sont très proches du nôtre. Dans la
premier cas « con lo que firmó », l’article neutre «
lo » représente n’importe quel objet avec lequel on
aurait pu signer (ensemble hétérogène) :
crayon, stylo, craie, morceau de charbon, etc. Dans
le deuxième cas, « la que firmó », l’ensemble de
référence est homogène (il n’y a que des
plumes) et on met en relief une plume parmi d’autres
(esta).
Cela dit, le doute exprimé par certains candidats
est fort légitime. A quoi est-il dû ? De toute
évidence à la gêne qui résulte d’avoir un sujet
pluriel « pasión » + « expresión » et un relatif
anaphorique (= reprise) par un singulier (« lo »)
qui entraîne un verbe au singulier.
Reportons-nous, encore une fois, au
Manuel de
Grammaire de la RAE.
|
“40.5.3d La persona y el número del
verbo ser . Los pronombres de primera y segunda
persona, en función de focos de las copulativas
enfáticas, imponen siempre sus rasgos de número y
persona al verbo ser: Soy yo el que…; Eres tú
quien…; Nosotros somos los que… Los demás focos
imponen al verbo ser estos mismos rasgos en posición
posverbal. La concordancia de número se extiende al
relativo: Eran estos papeles los que me hacían más
falta; Es más dinero lo que tenemos que pedirle. Se observan alternancias en la concordancia con los
relativos neutros. Las muestra, en efecto, el
verbo copulativo cuando aparece seguido por un foco
con rasgos de plural, como en Lo único que compré
{es ~ son} estos libros. En cambio, si el foco
aparece al comienzo, aunque se construya en plural,
predomina el singular en el verbo: Discos de jazz es
lo que oye ahora; Estos libros es lo único que
compré, preferible a … son lo único que compré.” |
Le problème apparaît donc avec les
relatifs neutres. Il n’y a pas dans ce cas de règle
unique, plutôt une fréquence observable selon le cas
de figure.
- Si l’objet mis en relief apparaît
après le
verbe, on peut trouver le singulier ou le
pluriel
- Si l’objet mis en relief apparaît avant le
verbe, il est préférable d’employer le
singulier.
D’où (enfin !) la conclusion que voici:
Si l’on commence la traduction par “Lo que provocó…”
on pourra continuer par “fue mi pasión, mi expresión…”
ou par “fueron…”
Si l’on garde l’ordre de la phrase en français, il
vaut mieux traduire par « Mi pasión, mi expresión
crispada… fue lo que provocó… »
Lui reproche d'avoir
cédé. Le problème est ici celui de la traduction
d’une tournure très courante en français,
l’infinitif prépositionnel (avec de) en fonction de
complément d’objet (voir aussi, tout de suite après,
« me dictait de lui demander ».
Plusieurs
remarques. D'abord, il est
tout à fait impossible de garder en espagnol la
préposition « de ». Il s’agirait d’un solécisme
grave (je rappelle qu’en espagnol « de + infinitif »
exprime l’hypothèse comme dans « de tener más dinero,
daría la vuelta al mundo »). Certains verbes
admettent le choix entre un infinitif substantivé
(le reprocho
el haber cedido) et une proposition complétive avec que + subjonctif ( le reprocho que haya cedido).
Dans d'autres cas, la seule solution possible est
que + subj. C'est ainsi que pour "me dictait de lui
demander", il faut traduire "me dictaba que le
pidiera". Vous trouverez plus de détails dans la
Nueva Gramatica de la lengua española (Manual)
de la RAE (26.5.2 El infinitivo en las oraciones
subordinadas sustantivas). Voir aussi pour la
comparaison avec le français Gerboin et Leroy §523. Dans la mesure où la
construction avec que+ subjonctif est toujours
possible, il est préférable de l'utiliser de façon
systématique dans le cadre d'un concours : vous
serez sûrs de ne pas vous tromper. Pour la
traduction de "céder à" voir plus haut.
Le reste de la
phrase n'appelle pas de commentaires particulier.
Traduction : Mi expresión, mi gesto crispado
emplazándola a obedecer fue lo que provocó la
aceptación de mi mujer. Y hoy le reprocho el haber
cedido a todo lo que mi amor por ella me dictaba que
le pidiera. No me merezco una mujer así. Un hombre
como yo está hecho para vivir solo, sin cariño, sin
amigos.
Séquence n°5.
Dieu sait pourtant à quel point mon
cœur brûle d’aimer. Je suis injuste. Au fond, je ne
sais pas ce que je veux. De toutes mes forces, je
désire son bonheur, devrais-je en être tenu éloigné,
et en même temps que je désire cela, de toutes mes forces, de toutes les
forces que je peux trouver en moi, en même temps je ne lui pardonne pas
d’avoir accepté.
Le début ne
présente pas de difficultés particulières. Mais dans
la dernière phrase de cette séquence, les problèmes
s'accumulent.
De toutes mes
forces… en même temps. Encore une fois le
problème du choix des prépositions. Dans le premier
cas il faut utiliser la préposition « con » et dans
le deuxième « a » (« al mismo tiempo »).
Je ne lui
pardonne pas d’avoir accepté. On revient au
problème évoqué plus haut, la traduction de l’infinitif
prépositionnel avec « de ». Cette fois tout le monde
a choisi de traduire en utilisant la construction
« que+subj. » Mais on aurait pu aussi bien dire « no
le perdono el haber aceptado ». Le choix de la
préposition « por » n’aurait été possible qu’en
faisant de « elle » le COD : « no la perdono por
haber aceptado ». Cela alourdirait inutilement la
phrase et impliquerait par ailleurs un changement de
plan peu justifiable.
Reste enfin la
traduction de la sous-phrase au conditionnel
« devrais-je en être tenu éloigné ». Il faut
traduire par « aunque + subj. » ou
d'autres formules concessives de même type. Mais nous y
reviendrons longuement plus tard puisque cette
phrase – et une autre analogue – font l’objet d’une
question de « choix de traduction ». (voir
le corrigé détaillé proposé dans:
http://pedro-cordoba.com/plac/linguistique/concessives.pdf
Traduction :
Dios sabe si embargo hasta qué punto mi corazón
arde en deseos de amar. Soy injusto. En el fondo, no
sé lo que quiero. Con todas mis fuerzas anhelo su
felicidad así debiera permanecer alejado de ella y,
al mismo tiempo que lo anhelo con todas mis fuerzas,
con todas las fuerzas que puedo hallar en mí, al
mismo tiempo no le perdono el haber aceptado.
Séquence n°6.
J'ai décidé aujourd’hui que Madeleine
ferait ce qu’il lui plairait. Je ne veux pas être
une chaîne. Qu’elle soit heureuse! Et cela dût-il me coûter de la perdre,
je mets son bonheur au-dessus du mien. Puisqu’elle
ne m’aime pas, puisqu’elle souffre en ma compagnie,
eh bien, qu’elle fasse sa vie ailleurs!
Ferait ce qu'il lui plairait.
Le français emploie ici deux conditionnels à la
suite. Mais ce n'est pas le cas en espagnol.
Certains candidats ont oublié que le verbe de la
subordonnée devait être au subjonctif imparfait.
Quand peut-on trouver le conditionnel en espagnol?
Comparons les deux phrases suivantes:
1. Quiero que
hagas lo que yo haría
2. Quiero que hagas lo que quieras
Dans la première le conditionnel implique une
COMPARAISON entre deux phrases implicites :
- Yo haría esto si + subjonctif imparfait (on est
dans le cas « normal » des subordonnées
conditionnelles)
- Quiero que hagas LO MISMO (et on emploie
logiquement le même mode et le même temps que dans
la conditioonelle)
Dans la deuxième, cette idée de comparaison
est absente. On envisage l’ensemble des possibilités
qui s’offrent à l’interlocuteur au lieu de le
restreindre à une seule (la même que choisirait le
sujet). Cette ouverture de l’éventail des possibles
a pour effet de VIRTUALISER la notion portée par le
verbe, d’où le subjonctif.
D’où aussi deux traductions différentes en français
: « Je veux que tu fasses ce que je ferais » et « je
veux que tu fasses ce que tu voudras ».
Dans le texte à traduire, le conditionnel « ferait »
marque un « futur dans le passé » et entraîne un
autre conditionnel dont le sens est identique : «
voudrait ». Dans ce cas, le passé composé (j’ai
décidé) est vu comme un temps du passé. Si l’on
avait un présent, on aurait donc : « je décide que
Madeleine fera ce qu’elle voudra ». On retrouve
alors notre exemple plus haut : « je veux que tu
fasses ce que tu voudras » (= en espagnol : « quiero
que hagas lo que quieras »). Voir aussi « quand tu
viendras » à traduire par « cuando vengas » (le
futur dans la subordonnée en français est rendu par
un subjonctif présent en espagnol). Et si l’ensemble
est plongé dans le passé, le futur français devient
un conditionnel tandis que le subjonctif présent en
espagnol devient un subjonctif imparfait : « il
déclara que quand son cousin viendrait, nous irions
tous à la plage » = « declaró que cuando su primo
viniera, iríamos todos a la playa ».
Je ne veux pas
être une chaîne. CADENA est évidemment possible.
Mais dans le contexte stylistique du texte à
traduire, j'ai une préférence pour le mot LASTRE.
Qu'elle soit
heureuse! Prenez garde à une confusion assez
répandue: celle qui se fait entre phrase et mots
exclamatifs. Ici la phrase est exclamative mais
QUE ne l'est pas et ne doit pas porter l'accent.
Retenez que QUE n'est jamais exclamatif quand
il accompagne un verbe.
Cela dût-il me
coûter de la perdre... Encore une tournure
concessives posant un problème de "choix de
traduction". J'ai préféré employer ici un temps qui
n'est plus guère utilisé aujourd'hui en espagnol, le
subjonctif futur. Voir les explications dans
http://pedro-cordoba.com/plac/linguistique/concessives.pdf
Je mets son bonheur au-dessus du mien. On
pouvait choisir ANTEPONER ou PONER POR ENCIMA DE.
L'omission de POR dans la la deuxième traduction
entraînait un contresens puisque le verbe PONER
perdait alors son sens figuré pour signifier "situer
dans l'espace.
Faire sa vie ailleurs. Ne pas utiliser
l'expression "buscarse la vida" qui introduit une
rupture de ton à la limite du contresens.
Traduction :
Hoy he decidido que Madeleine haría lo que
quisiera. No quiero ser un lastre. ¡Que sea feliz! Y
aun cuando ello me costare perderla, antepongo su
felicidad a la mía. Ya que no me ama, ya que sufre
en mi compañía, pues bien, ¡que haga su vida en otra
parte!
Séquence n°7.
Cette fois les sentiments égoïstes
qui pourront suivre ne me surprendront pas. Je m’en
défendrai, j'organiserai ma vie. Dans la solitude,
dans le renoncement, je puiserai de nouvelles
forces. Aussi, à déjeuner, ai-je fait part à
Madeleine de mes projets.
Ce fragment présente
d'abord trois difficultés: la première, syntaxique,
est la traduction de la phrase relative; la seconde,
lexicale, concerne la traduction du verbe "suivre";
la troisième, morphologique, celle de la préposition
"dans".
En espagnol, il faut
mettre la proposition relative au subjonctif,
qui traduit la valeur hypothétique du futur français
comme dans "celui qui partira le dernier" ou "quand
tu viendras', etc.
Le verbe seguir
n'accepte pas un emploi absolu en espagnol (on peut
éventuellement le trouver en Amérique latine). Il
vaut mieux une traduction du type
: "venir a continuación" ou "venir después"
Pour la traduction de
dans, tout dépend du verbe employé pour
traduire PUISER. Des verbes comme "hallar" ou "encontrar"
se construisent avec EN, mais SACAR implique la
préposition DE.
Malgré sa simplicité,
la dernière phrase pose certains problèmes.
Le premier est le sens
à donner à aussi. L'inversion du sujet en
français implique nécessairement une valeur
consécutive. Une traduction par TAMBIEN ou ASI ES
COMO ou ENTONCES, etc. seraient donc des contresens
plus ou moins graves selon les cas. On a le choix
entre d'autres formulations comme ASI PUES ou DE
MODO QUE.
Il y a ensuite la
traduction de à déjeuner, moins pour le
lexique (ALMUERZO ou COMIDA sont également
possibles) que pour la valeur durative de la
préposition : DURANTE semble s'imposer.
Il y a enfin faire
part, à traduire par HACER PARTICIPE ou par des
verbes comme INFORMAR, COMUNICAR, etc. En revanche
HACER PARTE n'est pas espagnol et DAR PARTE serait
un contresens.
Traduction : Esta vez los sentimientos egoístas que
puedan manifestarse a continuación no me
sorprenderán. De la soledad, de la renuncia, sacaré
nuevas fuerzas. Así pues, durante el almuerzo, he
hecho partícipe a Madeleine de mis proyectos.
Séquence n°8.
Je lui ai annoncé qu’après réflexion
il valait mieux que nous nous séparions, cela
pourtant avec une certaine gêne, car au souvenir de
ce qui avait suivi il y a quelques jours ce même
langage, elle eût très bien pu éclater de rire. Il
n’en fut rien.
Beaucoup de
traductions approximatives pour après réflexion.
Des solutions comme "tras haber reflexionado" ou "tras
reflexion" sont extrêmement maladroites. Un espagnol
dira BIEN PENSADO ou PENSANDOLO BIEN.
De même pour avec
une certaine gêne, la traduction littérale passe
assez mal. L'espagnol préfèrerait passer par une
tournure négative: NO SIN CIERTA MOLESTIA ou par un
adjectif ALGO MOLESTO.
au souvenir:
AL + INFINITIF ou GERONDIF. Comme il s'agit de
formes verbales ne pas confondre le régime
prépositionnel de RECORDAR et de ACORDARSE selon
qu'on choisit l'un ou l'autre.
ce qui avait suivi.
Avec le verbe SEGUIR, la préposition A est
indispensable devant le complément d'objet
il y a quelques
jours: Avec le verbe HACER le temps à employer
est fonction du moment où prend fin la durée
exprimée par le complément. Ce moment est ici le
présent du locuteur et malgré le plus-que-parfait
"avait suivi", la forme correcte est HACE et non pas
HACIA.
il n'en fut rien.
Plusieurs possibilités
: ESO NO OCURRIO, NO
FUE ASI ou, ce qui me semble préférable, NO HUBO
TAL.
Traduction : Le he anunciado que, pensándolo
bien, más valía que nos separáramos, aunque no lo
hice sin cierto malestar pues al recordar lo que
ocurrió hace algunos días tras idénticas palabras,
ella muy bien podría haber soltado la carcajada. No
hubo tal.
Séquence n°9.
Madeleine n’attache pas la moindre importance aux
pires contradictions. Je pourrais lui affirmer que
je déteste les huîtres et en commander peu après
qu’elle ne remarquerait rien.
Attacher de
l'importance. CONCEDER (ou DAR) importancia.
En commander.
Vous savez que les pronoms personnels EN et
Y n'existent pas en espagnol. Or ils sont
très fréquents et très utiles en français car ils
permettent d'alléger considérablement de nombreuses
phrases. Il est parfois possible de les supprimer en
espagnol et de laisser jouer le contexte pour éviter
les malentendus. Mais c'est une solution parfois
risquée et on pourrait vous le reprocher dans un
concours. Or le plus souvent si on essaie de les
rendre malgré tout, on aboutit à des constructions
extrêmement lourdes et peu naturelles. Voilà donc
deux mots, en apparence bien inoffensifs et qui sont
cependant source de nombreux tracas. Mais il suffit
parfois d'un peu d'ingéniosité pour tirer son
épingle du jeu. On pourrait ainsi songer à une
simple inversion de l'ordre pour que la phrase
devienne à la fois correcte, naturelle et simple en
espagnol: "pedir ostras tras afirmarle que las
detesto".
qu'elle ne
remarquerait rien. Le QUE français peut être
rendu de deux façons: soit par une subordonnée
ccirconstancielle ("sin que se diera cuenta de
nada") soit par une simple coordination ("y
no se daría cuenta de
nada")
Traduction : Madeleine no da la menor importancia a
las peores contradicciones. Podría yo pedir ostras
tras afirmarle que las detesto sin que ella se diera
cuenta de nada.
CORRIGÉ PROPOSÉ