- « hasta que el patrón, un francés regordete, simpático y con una enorme cabellera blanca, les echó a la rúa pues eran ya las 2.57 de la madrugada. »
- « Madrid […], resplandecía de gentes por la calle y de carrozas por la rúa ».
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Traduction proposée
Les terres
que ton père possède aujourd'hui, c'est ma dot, qu'est-ce
que tu croyais ? D'où sortiraient sinon toutes ces études et toutes ces
fiéroteries qui t'ont même fait renier ta cambrousse? Ne suis-je pas
moi-même une péquenaude et toi, tu n'es pas un péquenaud peut-être ? Et
peut-être que c'était pas un péquenaud mon père, et Oncle Antoine et
Oncle Gabriel, celui à qui il arriva malheur, et mes sœurs, elles
n'étaient pas des péquenaudes aussi, même si elles sont mortes toutes
petites avant d'éclore ? Toi, on dirait que tu ne veux rien savoir de
ta mère, on dirait que tu as honte de ta mère, mais prends garde à moi,
méfie-toi, parce que toi et mille autres comme toi, vous feriez pas le
poids, car ta mère personne ne l'arrête et gare à toi, mon petit, gare
à toi, si tu montres à ta mère ne serait-ce que l'ombre d'un mépris.
Ah, si j'ai vent qu'à Salamanque, là oui tu sais danser et que tu
amènes ces petites gourdes dans les casinos, j'en ai rien à fiche,
mais rien du tout, de faire un barouf et de lui en montrer de toutes
les couleurs à la pimbêche maigrichonne qui s'imaginerait qu'elle est
plus que ta mère. Il ne manquait plus que ça ! Que tu fasses ton petit
snobinard et que tu ne veuilles pas m'amener bras dessus, bras dessous
dans les grands-rues ou les palaces majestiques. Hors de ma vue ! Je ne
veux plus te voir, tu me fais vomir, tu n'es ni chair ni poisson,
jamais de la vie on dirait que tu es mon fils et t'as pas non plus la
fière allure de ton père ! Ton père aussi s'y connaissait en bouquins,
je crois, mais cela ne l'a pas empêché de s'amuser quand il était jeune
et de faire chaque chose en son temps. Si ton père n'avait pas su
danser la gaillarde, faudrait voir que je me sois mariée avec lui et
toi, à l'heure qu'il est, tu serais dans les limbes. C'est bien parce
que ton père a su me chauffer que tu es ici maintenant avec tes chichis
et tes crétineries, je sais pas ce qui me retient, étudiant, plus
qu'étudiant, moitié de curé, si encore tu avais été séminariste, ce
serait pas mal, c'est une gloire pour une mère d'avoir un fils Monsieur
le Curé, mais toi qui, au bout du compte, ne feras rien de plus
qu'avocaillon, hors de ma vue, tu me dégoûtes, et fais-moi le plaisir
de t'arranger un peu la tête et de boire un coup et de te tacher le
museau de vin, car moi je veux voir comment tu contes fleurette aux
demoiselles et comment ton œil s'allume avec la Gertru, qui est la
fille de ma cousine et que son père, je sais de quel pied il cloche et
ce qu'il va lui rester à elle, qui est fille unique et que personne
peut lui disputer ses terres.
Luis Martín
Santos, Tiempo de
destrucción
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