Notes de concours et notes d'examens
Le barême du thème fourni à titre d'exemple montre que les épreuves de traduction sont corrigées en comptabilisant les points-fautes. Ces derniers sont une notion purement conventionnelle et leur utilité est d’ordre pratique : ils permettent de travailler avec des chiffres ronds sans devoir noter avec des onzièmes ou des quatorzièmes de point, ce qui est très incommode et risquerait de provoquer des erreurs de calcul ; les points-fautes permettent aussi de hiérarchiser les copies et d’éviter ainsi au maximum ce qui constitue la hantise des jurys : l’existence d’ex-aequos surtout dans le voisinage de la barre d’admissibilité et d’admission.
C’est donc le contraire des examens dans lesquels un très nombre de candidats ont 10/20 ou 12/20 (pour la mention AB) et ainsi de suite… Dans un examen on « remonte » souvent les notes s’il faut un coup de pouce pour atteindre un 10 (ou un 12, ou un 14 ou un 16), ce qui entraîne une concentration du nombre de copies aves les mêmes notes. Cette pratique est totalement impossible dans les concours puisqu’il s’agit, au contraire, de sélectionner des candidats en fonction du nombre de postes attribués par le ministère. C’est pourquoi les notes ne représentant pas la « valeur en soi » d’une copie et sont souvent senties comme « injustes » par les candidats.
Ce sentiment d’injustice est légitime
: la plupart des candidats sont « bons » ou « très bons » par
rapports
aux critères universitaires puisqu’ils sont déjà diplômés et ils
peuvent ressentir comme une offense le fait d’avoir des notes très
basses. Mais ce sentiment repose sur une erreur. Les notes de
concours
sont seulement des « notes de classement », un peu comme des
pancartes
ou des dossards qui seraient portés par des coureurs cyclistes ou
des
chevaux. Leur seul but est d’indiquer que la copie X est meilleure
que
la copie Y et plus mauvaise que la copie Z, tout en creusant des
écarts
maximaux entre ces copies (il faut que les « écarts-types » soient
élevés comme disent les statisticiens). Que se passerait-il s’il y
avait par exemple 20 ou 30 ex-aequos pour la dernière place au
concours
? Ce serait la catastrophe puisque 20 ou 30 candidats auraient les
mêmes « mérites » alors qu’il y a une seule place. C’est pour
éviter ce
genre de situation qu’on cherche à étaler au maximum les notes
pour
chaque épreuve. Et c’est donc pour cela qu’il y a des notes très
basses
(plus basses que ce que mérite « objectivement » la copie) et
aussi
quelques notes très élevées, plus hautes que la normale (mais ça,
personne ne s’en plaint).
Pour ce qui est de la traduction, on compte donc en points-fautes,
souvent pour des broutilles qu’un autre membre du jury (ou le même
six
mois après) ne compterait pas : c’est pour cela, entre autres,
qu’il y
a double correction, au cas où l’un des deux aurait tendance à
voir
trop de fautes… inexistantes. Mais on se dit qu’une accumulation
de
broutilles ne peut pas être totalement arbitraire et qu’elle finit
par
être significative de quelque chose. En outre, le fait de
hiérarchiser
(là encore avec une certaine exagération) la gravité des fautes
(de 2 à
25 dans le barème que je vous ai donné en exemple) permet
d’amortir les
« injustices » éventuelles d’autant plus que tous les candidats
étant
logés à la même enseigne, des « sanctions » un peu arbitraires
mais
généralisées finissent par se compenser et, qu’au final, le
classement
– puisque c’est seulement le CLASSEMENT qui importe – correspond
de la
façon la plus exacte possible aux performances réelles des
candidats.
Pour l’instant, il n’y a donc que des points-fautes qui peuvent
atteindre des chiffres très élevés : il n’est pas rare de trouver
des
copies avec 200 ou 300 points-fautes, parfois bien davantage. La
conversion en notes « réelles » a lieu le dernier jour des
délibérations, juste avant la proclamation des résultats, et on y
passe
parfois des heures.
Je ne sais pas exactement comment cela se passe au CAPES où le
nombre
de candidats est très supérieur mais à l’agrégation, les
différents
binômes (ceux qui se sont mis d’accord sur le nombre de
points-fautes
de chaque copie de leur « paquet ») se réunissent et comparent
leurs
résultats. A l’agrégation il y a généralement 4 binômes par
épreuve,
donc 8 correcteurs en tout. Il s’agit de voir si les totaux sont à
peu
près homogènes pour ce qui est de la moyenne des points-fautes et
aussi
des notes extrêmes, du pourcentage de copies au-dessus et
au-dessous de
la moyenne, etc. Au cas où une disparité importante apparaîtrait
pour
l’un des groupes, on cherche à en comprendre la raison : il se
peut par
exemple qu’un groupe ait eu, par hasard, un nombre nettement
supérieur
de copies blanches ou incomplètes, il se peut aussi qu’il se soit
montré particulièrement sévère (ou laxiste). Cette dernière
circonstance se produit assez rarement car avant de distribuer les
copies pour correction, le jury au complet s’est mis d’accord sur
une
traduction-standard en envisageant les différentes traductions
acceptables ou pas, les fautes les plus probables à partir de la
correction conjointe de copies-test, etc.
Lors de la correction des copies en binôme on se trouve forcément
devant des problèmes qui n’avaient pas été envisagés au départ.
Mais si
cela pouvait aboutir autrefois à des problèmes compliqués lors de
la
délibération finale, l’usage d’internet a fort heureusement permis
de
réduire au maximum ces aléas : les 8 correcteurs sont un même
mini-groupe de discussion et si un binôme le juge nécessaire, il
soumet
le problème imprévu à l’ensemble des collègues.
C’est seulement lorsqu’on est arrivé à un résultat à peu près
satisfaisant en ce qui concerne le classement des copies par
rapport
aux points-fautes qu’a lieu l’ultime étape du processus : la
conversion
en « notes réelles ». Il faut décider de la valeur du point-faute
en
tenant compte des totaux, des moyennes, du nombre de candidats, du
nombre de postes, etc. Il faut aussi que la moyenne finale de
l’épreuve
ne soit ni trop basse (le ministère n’aime pas car c’est « mauvais
pour
l’image ») ni trop élevée car il faut malgré tout que 80 ou 90%
des
candidats soient collés et on ne peut pas « décemment » coller
quelqu’un qui aurait 12 ou 13 de moyenne… Or c’est ce qui
arriverait si
la moyenne de l’épreuve était « fixée » à 10 par exemple. Tout
cela est
donc assez arbitraire (c’est de la « cuisine ») mais cela
n’entraîne
AUCUNE répercussion sur le classement et, dans un concours je le
répète, la seule chose qui compte est le classement. En tout cas
la
valeur du point-faute change donc d’année en année et il n’y a
aucune
règle de conversion a priori.
PS. Etant donné le total, parfois très élevé, des points-fautes
dans
une copie « normale » et le fait qu’il faut les diviser par un
coefficient, lui aussi élevé, pour les convertir en points « réels
»,
le poids effectif (en dixièmes ou en quarts de points) d’une
petite
faute de vocabulaire est presque insignifiant. C’est pourquoi, je
le
répète, il ne faut pas « paniquer » si l’on ne connaît pas un ou
deux
mots le jour de l’épreuve. Personne ne connaît tous les mots d’une
langue. Bien sûr, si ce sont 20 mots qu’on ignore, on est assez
mal
barré… Mais dans ce cas, ce serait le signe qu’on n’est pas du
tout au
niveau du concours et qu’il vaut mieux chercher un autre métier.
